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"Je vends du crack pour financer ma consommation": le témoignage d'un cadre, accro à la drogue

Le fléau du crack envahit de nombreuses villes de France. Paul, auditeur de RMC, raconte sa vie de cadre la journée, puis de consommateur et de dealer de crack une fois son travail terminé.

La consommation et le trafic de crack sont en pleine expansion en France. La "drogue du pauvre" a pris des proportions inquiétantes dans le pays. À Paris, la municipalité n'arrive pas à se dépêtrer du problème et déplace les usagers de camps en camps sans solution pérenne.

À Bordeaux, les nuisances liées au crack se sont accentuées depuis la fin de la crise sanitaire. À tel point que la municipalité demande la mise en place d'une salle de shoot, se heurtant pour l'instant au refus de l'Etat.

À Lille, le phénomène se développe depuis 2015. La ville, qui compte une cinquante de points de deal, bénéficie d’un rapport qualité/prix/disponibilité avantageux, alimentant une forme de "narcotourisme" dans la capitale nordiste.

Une surconsommation qui a des conséquences sociale et sanitaires désastreuses. Plus des deux tiers des usagers sont sans domicile fixe ou hébergés dans une structure sociale, en grande précarité et isolés socialement, selon une étude co-réalisée par l'Observatoire français des drogues et des toxicomanies (OFDT) et l'Inserm, l'Institut national de la santé et de la recherche médicale.

100 à 150 euros par jour

"J'ai tout perdu, je n'ai plus rien", raconte ce vendredi sur le plateau des "Grandes Gueules" William, 51 ans, polytoxicomane qui ne travaille plus et qui évoque une "dépendance psychologique". Et s'il a réussi à se sortir du crack après 17 cures, c'est pour tomber dans la foulée dans une autre addiction, l'alcool. Un parcours classique confirme Elina Dumont, elle-même ancienne toxicomane.

"Je vends du crack et de la free base pour financer ma consommation", raconte de son côté Paul, 42 ans, cadre dans les Côtes d’Armor. "Je travaille et tous ceux que je connais, qui consomment, travaillent", explique à RMC et RMC Story celui qui dépense 100 à 150 euros par jour pour sa consommation depuis à peu près 15 ans.

"La production de la cocaïne a augmenté. Il y a de la cocaïne partout depuis au moins 2008 et de plus en plus jeune, on fume de la cocaïne sans savoir que c'est déjà du crack", explique le revendeur.

Conséquence, la demande augmente et aujourd'hui, certains toxicomanes n'ont plus à se déplacer sur des points de vente, une industrie de livraison s'étant mise en place.

"C'est une sensation dégueulasse"

Paul l’assure, il arrive à avoir une vie sociale, a des enfants, mais est dépendant au crack depuis plusieurs années. Il explique cependant ne pas avoir de problèmes d’alcool en parallèle et que tous les consommateurs qu’il connaît "ont une allure très correcte", contrairement à certains souvent décrits comme des zombies.

"Le crack, c'est une sensation dégueulasse. C’est une sensation qu’on a aimée un jour, qu’on recherchera toujours et qu’on ne trouvera plus jamais. C’est une sensation de frustration plutôt qu’autre chose, ce n’est pas super agréable. Cela fait une sensation d’ailleurs de légèreté pendant 10, 15 secondes, suivie d’un manque intense", décrit-il.

Paul explique avoir fait plusieurs cures lui aussi, sans réussir à s'en sortir. "J'ai fait des cures de longue durée, pas celles de l'Etat, ces 15 jours imbéciles où on n'a le temps de rien", déplore-t-il, estimant que la prévention est aux abonnés absents en France.

"On parle toujours de l’alcool au travail mais on parle très peu de la drogue qui a déjà envahi la société", conclut Paul.

Guillaume Dussourt