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"On vit un cauchemar": à Paris, des écoliers escortés par la police face aux consommateurs de crack

Dans le nord de Paris, entre le quartier de la Villette et celui de la Chapelle, des enfants sont accompagnés par la police municipale pour se rendre à l'école. En cause: la présence de toxicomanes qui rend leur trajet dangereux. Pour les parents et la mairie, la situation est insoutenable.

Les consommateurs de crack dans le nord de Paris sont souvent délogés, mais sans solution d'hébergement ou de prise en charge sur la durée, ils sont de retour à chaque fois. La situation est tellement dégradée que des enfants ne peuvent plus aller à l'école en sécurité.

Résultat, entre le quartier de la Villette et celui de la Chapelle, la police municipale accompagne les écoliers dès qu'elle le peut sur le trajet qui mène aux établissements scolaires. Une route est particulièrement concernée.

"Notre quartier est enclavé, on a des parents qui viennent d’un bâtiment derrière le périphérique et ils n’ont que ce chemin pour passer", affirme Priscilla, parent d'élève de l'école Charles-Hermite à Paris, sur RMC ce jeudi.

Le problème, c'est que les effectifs de la police sont fluctuants et les forces de l'ordre ne peuvent pas toujours être là.

Alors dans ces moments-là, il faut faire la route sans protection, comme ce mercredi matin. "Quand il n'y a pas la police, j'ai un peu peur qu'ils me tapent", affirme une fillette, qui emprunte cette route. Elle est accompagnée de ses frères et soeurs et sa maman, angoissée.

"Parfois, ils hurlent sur les enfants"

La route est longue de quelques centaines de mètres, mais il faut passer devant des personnes titubantes, avec des regards vitreux. Il faut aussi traverser la fumée des pipes à crack et surtout, rester sur ses gardes.

"Quand on marche, on regarde toujours derrière nous, est-ce qu'il y a quelqu'un qui va nous approcher? C'est le cauchemar, on vit toujours un cauchemar", déplore la mère de famille, en même temps qu'elle marche.

Le chemin est très étroit. Devant la famille, une quinzaine d'hommes chancelants barre la route. "On dit pardon et on passe", dit la maman.

Elle s'inquiète pour ses enfants. "De toute façon pour eux, ça ne suffit pas la police parce que ces images, ça reste dans le cerveau. Ils posent tout le temps des questions", affirme-t-elle.

Une situation sans solution?

Devant l'école, les parents disent n'avoir vu aucun policier depuis deux jours: des problèmes d'effectifs, explique la mairie.

Emprunter ce chemin est une énorme source de stress, plusieurs parents sont déjà arrivés en pleurs. "Il y a de la mendicité agressive, de la prostitution, il y a beaucoup de choses que les enfants ne devraient pas voir. Parfois, ils hurlent sur les enfants sans aucune raison", ajoute Priscilla, sur RMC.

"Il faut trouver une situation pérenne. C'est à l'État d'agir et le but n'est pas de déplacer le problème dans un autre quartier", ajoute-t-elle.

Le cabinet du maire partage son analyse. En ce qui concerne la prise en charge sanitaire ou l'hébergement, "il faut inventer des solutions", mais surtout "sans l'État, il ne se passera rien".

AB avec Marion Gauthier