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Trafic de drogues, espions et extrême droite: les coulisses de l'affaire Air Cocaïne devant la justice

EXPLIQUEZ-NOUS - Le procès en appel de l’affaire Air Cocaïne s’ouvre ce lundi à Aix-en-Provence. C’est le dernier épisode d’un fait divers tentaculaire.

C’est une histoire rocambolesque qui traîne depuis huit ans. Tout commence sur l’aéroport de Punta Cana en République Dominicaine.

Le 20 mars 2013, la police arrête un jet privé qui s'apprête à décoller pour la France. À bord se trouvent, les deux pilotes, et deux passagers. Et surtout 26 valises cabines. Contenant 680 kilos de cocaïne. Les quatre Français sont arrêtés, emprisonnés et, plus tard, lourdement condamnés. L'enquête française révélera que les mêmes pilotes et les mêmes passagers avaient déjà fait deux vols. Dont un à destination du petit aéroport de Saint-Tropez où ils avaient été vus déchargeant des valises avec la complicité d’un douanier.

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Les deux pilotes ont bénéficié de nombreux soutiens en France. Une partie du milieu de l’aviation s'est mobilisée pour ces deux hommes. Deux anciens militaires pilotes dans l’aéronaval reconvertis dans le pilotage de jets privés. Ils ont effectivement été soutenus par le principal syndicat de pilotes, par de nombreux anciens militaires, par des experts du monde de l’aviation.

Ce que soutenaient ces deux hommes et leurs soutiens, c’est que ce n’est pas le rôle des pilotes de jets privés de contrôler les bagages des passagers. Sauf que deux passagers qui chargent 26 valises, c’est tout de même assez louche. Et surtout que ce n'était pas le premier vol avec eux et avec leur chargement suspect. La justice dominicaine a donc refusé de croire qu’ils n'étaient pas au courant et les a condamnés à 20 ans de prison en 2015.

Une exfiltration rocambolesque

C’est à ce moment-là qu'un commando les a exfiltrés de Saint-Domingue. C’est là que l’affaire Air cocaïne commence à ressembler à un mauvais roman d'espionnage. Après leur condamnation à 20 ans de prison, les pilotes ont fait appel et ont été laissés en liberté avec interdiction de quitter le pays en attendant un nouveau jugement.

Leurs amis ont alors organisé leurs évasions. Un député européen du Front national, Aymeric Chauprade s’est rendu sur place avec Christophe Naudin, un expert en sécurité aérienne, habitué des plateaux de télévision.

Avec aussi l’aide de l’assistant parlementaire de Jean Marie Le Pen, les pilotes ont pris une vedette rapide qui les a conduits sur un voilier et ils ont fait route vers l'île française de Saint-Martin. De là, ils ont rejoint Paris, via la Martinique. Arrivés en France, les deux pilotes voulaient se faire discrets, mais l’affaire a été révélée par la presse.

Aujourd’hui Christophe Naudin, l'expert, accuse Aymeric Chauprad, l’euro-député d'être à l'origine de la fuite pour se mettre en avant. Résultat, les deux pilotes ont rapidement été arrêtés et incarcérés aux Baumettes à Marseille.

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Christophe Naudin a lui aussi été rattrapé par cette affaire. Les autorités de Saint-Domingue le recherchaient pour avoir organisé l’évasion. Finalement, il s’est rendu en Egypte pour une mission d’expertise de l'aéroport du Caire. Et il a eu la mauvaise surprise d'être arrêté par les Égyptiens et extradé vers Saint-Domingue où il a fait deux ans de prison. Il vient d'écrire un livre pour assumer cette opération. Pour lui, les pilotes étaient innocents et il était légitime de les aider à échapper à une condamnation injuste.

Finalement, qui est jugé à partir de ce lundi par la cour d’assises d’Aix-en-Provence?

Ce sont les six hommes qui ont fait appel du premier jugement. Les deux pilotes qui avaient été condamnés à six ans de prison en première instance. Les deux dirigeants de la société qui avait affrété le jet privé. Et puis ceux qui sont soupçonnés d'être les vrais trafiquants. Le commanditaire et son chauffeur.

Le commanditaire a été condamné à 18 ans de prison lors du premier procès. Il s’appelle Ali Bouchared, alias Rayan. Déjà condamné à 10 ans de prison pour un autre gros trafic de drogue. Mais il nie toute participation dans cette affaire. Le verdict doit être rendu le 9 juillet.

Nicolas Poincaré