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"Un trou noir qui me ronge": les témoignages forts des victimes au procès de l'accident de Millas

Cette photo d'archives, prise le 21 février 2018, montre des fleurs déposées à un passage à niveau à Millas, dans le sud de la France, où un bus scolaire et un train sont entrés en collision en décembre 2017, faisant six morts

Cette photo d'archives, prise le 21 février 2018, montre des fleurs déposées à un passage à niveau à Millas, dans le sud de la France, où un bus scolaire et un train sont entrés en collision en décembre 2017, faisant six morts - RAYMOND ROIG © 2019 AFP

Les victimes de l'accident de bus de Millas étaient à la barre ce jeudi. Des témoignages qui montent la difficulté physique ou psychologique de se reconstruire après un tel drame.

Des récits poignants à la barre. Les victimes directes et indirectes de la collision mortelle entre un bus scolaire et un train à Millas (Pyrénées-Orientales) en 2017 ont raconté leurs récits jeudi à Marseille. Face au drame, à la mort, les témoignages dessinent une forme de communauté de destins aux vertus thérapeutiques.

"Plusieurs mois après (les faits), je me suis effondrée comme si l'accident venait de se passer, je me suis renfermée sur moi-même, je suis devenue distante": c'est par la voix d'un texte lu par sa mère à la barre qu'une adolescente blessée dans l'accident a choisi d'évoquer les séquelles de l'accident.

"Elle est devenue très agressive, j'ai eu peur pour elle qu'à un moment elle se foute en l'air", a raconté sa mère.

Des traces psychiques

Comme pour beaucoup d'autres victimes - 17 enfants ont été blessés, dont huit grièvement, dans cette collision survenue à un passage à niveau le 14 décembre 2017 -, les traces cinq ans après sont aussi psychiques. Évoquer l'accident ou en entendre parler a longtemps été compliqué pour Raphaël, aujourd'hui majeur:

"Je n'en ai jamais parlé à qui que ce soit", a confessé jeudi à la barre ce grand jeune homme portant un sweat bleu à capuche: "le seul mot qui m'est venu à l'esprit quand je me suis réveillé par terre, c'est celui d'enfer", a poursuivi l'adolescent qui, bien qu'il "déteste énormément pleurer", n'a pu retenir son émotion au moment d'évoquer une de ses camarades décédées dans l'accident.

"Ce n'est plus la même"

Pour Elona, 18 ans, l'enfer a pris forme à l'hôpital, où elle passe dix jours après l'accident, sa mère constamment à son chevet. "Mon corps ne supportait pas la morphine, j'ai passé de longues nuits à vomir, je suis restée en fauteuil roulant pendant environ deux mois", a témoigné la jeune femme brune, qui a longtemps pris des antidépresseurs et des anxiolytiques.

"La découverte de mon visage gonflé, suturé a été dure, car j'ai toujours été attachée à mon apparence", a encore confessé l'étudiante, titulaire d'un bac pro esthétique.

Comme beaucoup d'autres adolescents rescapés, elle a fait part au tribunal de son "énorme sentiment d'impuissance et de culpabilité" d'être encore vivante. L'accident est "un trou noir qui me ronge", a-t-elle décrit, évoquant les crises d'angoisse et les hallucinations qui l'ont longtemps assaillie, ainsi qu'une peur constante de mourir.

Mais "j'ai enfoui mes souffrances parce que la vie continue", a admis la jeune femme, qui a aussi eu des idées suicidaires. Après l'accident, "je suis devenue plus susceptible, sur la défensive, colérique et parfois même blessante", a-t-elle reconnu.

Lors de l'audience, "en écoutant mes camarades, je me suis rendu compte qu'on endurait les mêmes souffrances, qu'on avait le même changement de comportement". "Ce n'est plus la même", a complété son frère aîné: la jeune "fille solaire et insouciante", comme elle s'est elle-même qualifiée, a perdu sa joie de vivre.

"Un avant et un après"

"Il y a un avant et un après pour nous aussi", a relevé la tante d'un enfant de 11 ans décédé dans l'accident en évoquant son frère qu'elle voit "s'éteindre doucement": "Quand on est arrivé, on ne s'attendait pas à partager autant de choses dans nos histoires. J'ai entendu beaucoup le mot de thérapie revenir" depuis le début du procès et "j'ai l'impression que c'est un peu ça", a-t-elle souligné, vêtue d'un t-shirt avec une photo de son neveu.

Face à tous ces témoins, pas d'accusée: la conductrice du bus, Nadine Oliveira, 53 ans, jugée depuis le 19 septembre pour homicides et blessures involontaires, a été hospitalisée à la suite d'un malaise jeudi dernier au tribunal. Le procès se poursuit depuis en son absence.

La rédaction avec AFP