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Veuve d'un terroriste du Bataclan rapatriée: l'"énorme déception" d'un rescapé sur le procès

L'épouse de Samy Amimour, l’un des trois assaillants du Bataclan, a été rapatriée de Syrie en France le 5 juillet dernier avec ses trois enfants. Arthur Dénouveaux, rescapé du Bataclan et président de l'association de victimes Life For Paris, déplore qu'elle n'ait pas été rapatriée avant, pour pouvoir être jugée lors du procès des attentats du 13-Novembre.

La femme de Samy Amimour, kamikaze au Bataclan lors des attentats du 13-Novembre, a été rapatriée de Syrie vers la France le 5 juillet dernier, a appris RMC. Kahina El H., 25 ans, était en Syrie depuis 2013 et vivait depuis la chute de Daesh, dans le camp kurde de Roj avec ses 3 enfants.

Deux jours après les attentats du 13 novembre 2015 qui ont fait 131 morts, Kahina El H., avait avoué à sa mère être la femme de l'un des kamikazes. Avant, le lendemain, de se vanter auprès de son ancien professeur de lycée, avec lequel elle était toujours en contact par mail, d’être la femme de Samy Amimour.

"On aurait au moins pu faire venir une femme de terroriste au procès"

Pour Arthur Dénouveaux, rescapé du Bataclan et président de l'association de victimes Life For Paris, Kahina El H. aurait dû être rapatriée plus tôt, notamment pour pouvoir être jugée au procès des attentats du 13-Novembre.

"C'est une énorme déception. Cela fait longtemps qu’on sait qu’il y a des veuves de djihadistes, notamment les veuves des frères Clain, qui sont dans les camps en Syrie, des camps dans lesquels on a un accès. On a toujours posé la question de savoir pourquoi ces femmes n’étaient pas appelées à témoigner. Avec ce rapatriement, on a la confirmation qu’on aurait au moins pu en faire venir une", confie-t-il à RMC.

"Les épouses des terroristes peuvent les pousser à aller commettre des crimes"

"Elle disait dans un mail, trois jours après les attentats du 13-Novembre, qu’elle avait encouragé son mari à partir terroriser les Français", rappelle-t-il. Si la justice va désormais pouvoir l'interroger, il regrette que cela n'ait pas été fait "lors du procès qui est allé observer toutes les zones d’ombre des attentats du 13-Novembre".

Arthur Dénouveaux regrette également qu'il n'y ait pas eu de femmes proches de l'entourage des accusés appelées à la barre: "On connaît le fonctionnement de ces cellules, on sait qu’il y a un rapport, étrange et sectaire, à la famille. En général, les terroristes sont vus comme des héros par leurs épouses qui peuvent les pousser à aller commettre les pires crimes. Savoir qu’on les avait sous la main et qu’on ne les a pas fait témoigner, ça restera l’un des manques de ce procès", regrette-t-il.

Une position que partage également Georges Salines, père d'une victime du Bataclan. "Je me réjouis de ce retour à deux titres, explique-t-il au micro de RMC. D’abord, pour les enfants de Kahina. Il y a notamment la fille de Samy Amimour, petite-fille d’Azdyne Amimour, avec qui j’ai écrit un livre. Je sais que ses grands-parents attendaient ce retour depuis six ans. Je crois que c’est vraiment le devoir de la France de rapatrier ces enfants, d’abord pour des raisons humanitaires. Je me réjouis aussi que Kahina ait été ramenée sur le sol français, où elle va pouvoir être jugée. Je pense qu’elle aurait dû être présente dans le box des accusés au procès du 13 novembre. Je pense qu’il est absolument impératif, pour des raisons de sécurité, de ne pas laisser nos djihadistes dans les camps de Syrie, où rien ne garantit qu’ils seront gardés de manière sécurisée. Il y a là un potentiel de risque d’attentat terroriste, y compris sur le sol national."

"Elle fait partie du noyau dur des djihadistes"

Dès son arrivée sur le sol français à l’aéroport de Vélizy-Villacoublay, le 5 juillet dernier, Kahina El H., comme les 15 autres mères rapatriées de Syrie, a été séparée de ses trois enfants. Ils ont été confiés à une famille d’accueil de l’aide sociale à l’enfance dans le département de la Seine-Saint-Denis, bénéficient depuis d’un accompagnement psychologique et font l’objet d’une mesure judiciaire d’investigation éducative.

Kahina El H., elle, a été présentée à un juge d’instruction pour se voir notifier sa mise en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle et apologie publique d’un acte terroriste. Elle est actuellement en détention provisoire.

"Elle a certainement beaucoup de choses à dire sur ce qu’il s’est passé depuis sept ans, estime Georges Salines. Elle fait partie du noyau dur des djihadistes. C’est extrêmement malheureux, c’est une jeune femme perdue, qui était très, très jeune quand elle est partie. Elle a certainement commis des actes extrêmement condamnables et j’espère qu’elle pourra s’en rendre compte."
GD avec Marion Dubreuil