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Viol d'une Canadienne au quai des Orfèvres: les deux policiers finalement acquittés

Plusieurs plaintes sont entre les mains de la justice. (Photo d'illustration)

Plusieurs plaintes sont entre les mains de la justice. (Photo d'illustration) - AFP

Les deux policiers condamnés en 2019 à 7 ans de prison pour le viol d'une touriste canadienne ont été acquittés ce vendredi par la cour d'assises du Val-de-Marne.

Les deux policiers qui étaient jugés en appel pour le viol en réunion en 2014 d'une touriste canadienne au siège de la PJ parisienne, 36 quai des Orfèvres, ont été acquittés vendredi par la cour d'assises du Val-de-Marne.

Trois ans après leur condamnation en première instance à Paris à sept ans de prison, Antoine Quirin, 43 ans, et Nicolas Redouane, 52 ans, ont été déclarés innocents du viol d'Emily Spanton, 42 ans, et sont ressortis libres du palais de justice de Créteil où ils étaient jugés depuis trois semaines.

Deux versions

La jeune femme affirmait avoir été violée par les deux policiers après une soirée arrosée. Elle avait rencontré les deux policiers en civil dans un pub du centre de Paris, qui lui ont proposé ensuite de visiter le 36 quai des Orfèvres, locaux mythiques de la police nationale.

Les fonctionnaires ont d'abord nié tout rapport sexuel, puis lorsque leur ADN est retrouvé sur les sous-vêtements et dans le vagin de la victime présumée, ils ont affirmé avoir eu des relations sexuelles consenties. La jeune femme, en larmes et fortement alcoolisée, tenant ses chaussures dans ses mains s'est plainte d'un viol à un agent du 36 quai des Orfèvres dès sa sortie des lieux à 2h du matin.

Les avocats des policiers ont contesté la "crédibilité" de la plaignante

Dans ce dossier où s'opposent ces deux versions, les accusés n'ont pas cessé de proclamer leur innocence, soutenue jeudi par leurs avocats qui ont questionné la "crédibilité" de la plaignante. La partie civile (Emily Spanton) "a été diagnostiquée 'borderline' par un expert, ça veut dire qu'elle est d'humeur changeante", a plaidé Me Pascal Garbarini, avocat de Nicolas Redouane.

"Ce n'est bien sûr pas parce qu'elle a eu des relations multiples et variées en arrivant à Paris qu'elle n'a pas pu être violée. Mais pourquoi les nier?", a-t-il ajouté. "On ne condamne pas avec des 'je ne sais pas'", a insisté Me Garbarini en référence aux nombreuses imprécisions d'Emily Spanton dans ses réponses à la cour lors de son témoignage il y a deux semaines.

Indignation de l'avocat général en début de semaine

Avocate d'Emily Stanton, Me Sophie Obadia, a défendu cette semaine sa cliente contre les attaques qu'elle a pu subir de la part de la défense concernant son mode de vie ou ses habitudes sexuelles, elle qui avait fait des préliminaires avec un touriste américain à Paris quelques jours avant les faits.

Sa cliente "n'est pas du tout celle qu'on nous a présentée, une Marie-couche-toi-là ou une chaudasse", a plaidé Me Obadia. "Elle a une sexualité mature et libre". Son histoire, a-t-elle ajouté, "est l'archétype du parcours de la combattante d'une victime de viol: elle a dû inventer des petits mensonges pour être crue. Mais elle n'est pas folle, ce n'est pas une affabulatrice".

"Est-ce que ces rapprochements au pub, initiés par les accusés, signifient qu'elle serait d'accord pour monter au '36' pour avoir des rapports sexuels? Parce qu'une femme a une jupe courte ou des shorts, elle voudrait forcément avoir des rapports sexuels?", s'est indigné l'avocat général, fustigeant des idées "d'une autre époque".

J.A. avec AFP