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Affaire Abad: "C’est assez violent de la part d’Elisabeth Borne" pour Caroline De Haas

Militante féministe, Caroline De Haas estime ce jeudi dans "Apolline Matin", sur RMC et RMC Story, que la Première ministre Elisabeth Borne fait preuve de "déni" en encourageant les femmes à porter plainte dans les affaires de violences sexuelles, alors que ces plaintes sont souvent classées sans suite par la justice.

Une troisième accusation contre Damien Abad, le ministre des Solidarités, cette fois pour tentative de viol. Et la Première ministre interpellée en plein déplacement sur le sujet des violences sexuelles, comme l’avait déjà été Emmanuel Macron la semaine dernière. Dans le Calvados, ce mercredi, Elisabeth Borne a répondu à cette femme qu’il fallait que les victimes portent plainte. Mais pour la militante féministe Caroline De Haas, invitée d’"Apolline Matin" ce jeudi sur RMC et RMC Story, c’est "assez violent de la part d’Elisabeth Borne qu’elle dise d’aller voir la justice alors qu’elle sait pertinemment que la justice dysfonctionne à tous les étages".

"Elisabeth Borne ne dit pas seulement aux femmes d’aller porter plainte, elle dit aux femmes d’aller se faire classer sans suite, estime Caroline De Haas. C’est ce que ça veut dire aujourd’hui. Quand vous portez plainte pour des faits de violences sexuelles, par exemple pour harcèlement sexuel, dans 94% des cas, la justice va classer votre plainte sans suite. Lorsque vous portez plainte pour viol, un crime, dans 70% des cas, la justice classe sans suite. Elisabeth Borne connait ces chiffres. Quand elle regarde cette militante et qu’elle dit à toutes les femmes de ce pays victimes de violences, ‘allez porter plainte’, elle leur dit ‘allez vous faire classer sans suite’."

"A titre personnel, je ne porte plus plainte lorsque je suis victime de violences, de cyber-harcèlement sur les réseaux sociaux par exemple, explique Caroline De Haas. Je l’ai fait une fois, ça m’a couté 1.500 euros. C’est une somme que je n’ai plus, que je ne peux pas mettre dans des procédures. Mes enfants ont été menacés, j’ai été menacée de mort, de viol. Ça a été classé sans suite, alors qu’on avait les adresses IP, tout ce qu’il fallait pour sanctionner les auteurs. Je trouve ça difficile d’aller dire à des personnes de porter plainte alors que je sais qu’elles vont au carton. Il faut mettre en place des politiques publiques pour permettre que les plaintes soient traitées correctement. C’est là où on a un problème avec l’affaire Abad. Lorsque vous nommez ministre des hommes qui sont mis en cause pour des faits de violences, vous vous liez les mains en termes de politiques publiques."

"Le gouvernement n’applique pas les règles"

Pour Caroline De Haas, "Elisabeth Borne n’applique même pas ce qu’elle écrit sur le site de son gouvernement", notamment sur le fait d’ouvrir une enquête interne dans les entreprises quand il y a des accusations de violences sexuelles. "Il y a quand même une forme de contradiction, souligne-t-elle. Après, on va aller dire aux entreprises de respecter la loi, d’appliquer les règles du gouvernement, alors que le gouvernement ne les applique pas à lui-même."

Le portefeuille ministériel de Damien Abad heurte également Caroline De Haas. "Damien Abad est ministre des Solidarités. Il a le service des droits des femmes. Damien Abad, mis en cause par trois femmes pour des faits de viol ou tentative de viol, est responsable du service des droits des femmes et donc des politiques publiques. A quel moment on pense, quand on a au ministère de l’Intérieur et au ministère des Solidarités des hommes mis en cause pour des faits de violences, qu’il va y avoir dans les cinq ans qui viennent des politiques publiques ambitieuses ? Ce n’est pas vrai. Pour moi, c’est presque ça le plus difficile à accepter : le déni d’Elisabeth Borne, qui manifestement ne connait rien à réalité du système judiciaire, et le fait qu’on reparte pour cinq ans d’inaction politique."

LP