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Affaire McKinsey: "Il y a une perte de souveraineté", déplore la présidente d'Anticor

Le gouvernement tente d'éteindre l'incendie McKinsey, à dix jours du premier tour de la présidentielle. De son côté, l'association Anticor s'inquiète de possibles dérives avec le recours accru aux cabinets de conseil.

"Nous n'avons rien à cacher", ont lancé de concert Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publique, et Olivier Dussopt, le ministre des Comptes publics. Les deux ministres étaient chargés ce mercredi d'éteindre l'incendie lié à l'affaire McKinsey, le cabinet de conseil américain largement sollicité par l'Etat, notamment durant la crise sanitaire, sans pour autant payer d'impôt sur les sociétés en France depuis de nombreuses années.

Circulez, il n'y a rien à voir, semble dire le gouvernement. Mais l'association Anticor reste inquiète. "C'était déjà le cas sous Sarkozy et Hollande mais l'ampleur que cela a pris, ce n'est pas normal. L'Etat délègue tout au secteur privé alors qu'il a une administration en capacité de faire certaines missions", assure ce jeudi sur RMC Elise Van Beneden, avocate au barreau de Paris et présidente de l'association Anticor.

"McKinsey se moque de nos principes de contribution"

"Ce n'est pas normal en terme d'argent public. Une journée d'un conseiller de McKinsey, c'est un mois de traitement d'un fonctionnaire", ajoute-t-elle, assurant que des choses utiles ont pu être réalisées, mais s'interrogeant sur la raison de l'Etat de se priver de ses ressources. "Pourquoi le gouvernement boude et méprise les fonctionnaires? Oui, certaines missions des cabinets sont utiles, mais peut-être que cela aurait pu être fait, de qualité égale et pour moins cher par des fonctionnaires. Or, la Cour des comptes nous dit que le résultat n'est pas tellement de qualité", explique Elise Van Beneden.

"Aucun cabinet de conseil n'a décidé d'aucune réforme", assurait mercredi le ministre des Comptes publics Olivier Dussopt. "Cette pratique est répandue, habituelle et utile dans la majorité des cas", abondait sa collègue de la Transformation et de la Fonction publique, Amélie de Montchalin.

Mais là où le bât blesse, c'est que McKinsey n'a pas payé d'impôt sur les sociétés en France depuis dix ans, alors qu'entre 2018 et 2021, 28 et 50 millions d’euros selon Le Monde seraient allés dans les poches du cabinet de conseil. "C'est absolument scandaleux, McKinsey se moque de nos principes de contribution à l'effort collectif en France", déplore Elise Van Beneden.

"On a une administration, c'est fait pour garder en interne les affaires d'Etat"

Les cabinets de conseil peuvent-ils devenir les lobbys de demain? "Il faut espérer que non", redoute l'avocate, qui cependant exclut toute fuite de données: "Ils signent des accords de confidentialité, vu les sujets stratégiques sur lesquels ils travaillent. Je n'aurais pas spécialement peur des fuites de données mais on a recours à un cabinet qui est connu pour défendre des Etats et des multinationales très connues dans le monde".

"On a une administration, c'est fait pour ça, garder en interne les affaires d'Etat. En ayant recours à ce point-là à des cabinets privés, il y a une perte de souveraineté", ajoute Elise Van Beneden.

Si tous les adversaires du président-candidat Emmanuel Macron se sont emparés de l'affaire à dix jours du premier tour, "il pourrait y avoir des suites" judiciaires, assure l'avocate: "Il doit y avoir un travail pénal au préalable, qui n'a pas été encore fait", explique-t-elle.

"Ils essaient d'en faire les diamants de Bokassa du président mais il n'y a pas de sujet", insiste au micron de RMC un pilier de la majorité. "C'est une très grave récupération politique", dénonce un ministre qui pointe du doigt "les sphères complotistes" avant d'ajouter: "Les oppositions cherchent désespérement des points d'accroche dans cette campagne. Nous ne pouvons pas tolérer de fausses informations ou des polémiques".

Guillaume Dussourt