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Affaire Taha Bouhafs: "Entre plusieurs maux, on a fait un choix politique" assume Clémentine Autain

La députée LFI Clémentine Autain, invitée des "Grandes Gueules" de RMC et RMC Story, a assumé la décision prise de retirer l'investiture à Taha Bouhafs aux législatives, tout en concédant les difficultés que cela a pu créer. Et nie avoir demandé à l'ex-candidat de justifier son retrait par les attaques racistes dont il était la victime.

Invitée des "Grandes Gueules" sur RMC et RMC Story, Clémentine Autain, députée LFI de Seine-Saint-Denis, a été interrogée sur l'affaire Taha Bouhafs, qui devait être candidat aux législatives dans le Rhône pour La France insoumise mais a dû se retirer, d'abord officiellement à cause d'attaques racistes, avant que des accusations internes d'agressions sexuelles soient révélées.

“Ce qui s’est passé, c’est qu’on l’a écarté, parce qu’on a eu des témoignages dont j’ai été la destinataire, pas dans le cadre de la commission (contre les violences sexistes de la LFI) car je n’en fait pas partie, j’ai été mise en copie", explique-t-elle, assurant qu'elle a "rencontré une des plaignantes vis-à-vis de Taha Bouhafs".

"Elles ne veulent pas porter plainte, car elles ont peur, la médiatisation est un frein terrible: plus on en parle, moins elles ont envie de porter plainte", souligne Clémentine Autain.

"Un mouvement politique n’est pas la justice"

Clémentine Autain assure que La France insoumise n'a pas voulu se substituer à la justice: "Je ne cesse de dire qu’un mouvement politique n’est pas la justice, n’établit pas la vérité. Mais nous avons nos règles internes de fonctionnement. Et nous voulons prémunir notre mouvement des hommes violents et avoir une corrélation entre les principes féministes que l’on affiche et les hommes que l’on promeut. On lui a dit, 'tu ne peux pas être investi par LFI au regard des témoignages dont nous disposons'."

"A ce moment-là, on lui a dit qu’il y avait deux solutions, sachant que les femmes ne voulaient pas que ce soit public: soit il se retirait, soit, s’il ne se retirait pas, nous serions obligé de dire publiquement pourquoi il n’était pas investi. J’ai découvert son communiqué ensuite, j’ai compris qu’il avait tranché", explique la députée LFI, qui dément avoir demandé à Taha Bouhafs de justifier son retrait par les attaques racistes dont il était la victime.

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"Nous avons pris nos responsabilités"

Clémentine Autain explique être consciente "qu’à partir du moment où ça devenait médiatisé, il ne peut pas se défendre, les témoignages ne sont pas publics et qu'il n’y a pas la justice derrière pour trancher". Pour elle, Taha Bouhafs "pose une vraie question difficile" et La France insoumise "n’est pas au bout de cette expérience mise en place" et se trouve "face à une difficulté".

"Je ne dis pas que ces procédures sont parfaites mais nous avons pris nos responsabilités devant des témoignages qui nous paraissent circonstanciés, graves et que, en effet, entre plusieurs maux, on a fait un choix, un choix politique.”

Clémentine Autain assure aussi que la solution de "dire la vérité" de ces signalements n'a pas été retenue en raison de la volonté des plaignantes et de l'absence de plainte. "La première chose que m’a dite la victime qui a témoigné, quand elle s’est assise en face de moi, c’est: 'Je ne veux pas parler car je ne veux pas participer à la campagne raciste contre lui'", explique la députée.

"On n’a pas jugé Taha Bouhafs, on ne l’a pas condamné. Nous sommes une organisation politique, nous ne sommes pas les tribunaux, nous avons un principe de précaution, nous recherchons une éthique entre nos pratiques et les personnes qui les incarnent”, indique Clémentine Autain.

"Pas de deux poids, deux mesures" pour Coquerel

Relancée sur le cas Eric Coquerel, Clémentine Autain assure que la même règle prévaut pour son collègue député et président de la commission des finances: "Sophie Tissier dit que ce n’est pas pénalement répréhensible. Elle a saisi la cellule. La cellule va s’emparer de ce sujet. Il n’y a pas deux poids, deux mesures". Clémentine Autain assure que "les faits (reprochés à Eric Coquerel) n’ont rien à voir ni avec ceux contre Taha Bouhafs, ni avec ceux contre Monsieur Abad".

"J’ai entendu la comparaison entre les deux: entre des témoignages de viols multiples avec usage de drogue et ce qu’a raconté Sophie Tissier, une drague insistante avec les mains sur les hanches, ça n’a rien à voir.”

Interrogée sur son ressenti après les attaques contre sa personne sur cette affaire, Clémentine Autain les juge "assez insupportables", rappellant qu'elle a aussi été victime de viols: "C'est d'une violence inouïe. Que personne ne m'ait demandé si ce n'était pas difficile pour une femme qui a été victime de viols de devoir traiter de cette question là... Si on pouvait me parler juste gentiement, sans m'agresser de 25.000 questions, sans me mettre sur la selette comme si j'avais voulu passer je ne sais quoi au-dessus du combat de ma vie... C'est vrai que je ne le vis pas très bien et je trouve ça assez gonflé. Après, je suis une femme politique, j'ai le cuir dur."

https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC