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Au Louvre, Emmanuel Macron a voulu "construire une image à la François Mitterrand"

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C’est au Louvre qu’Emmanuel Macron est venu célébrer sa victoire à l’élection présidentielle dimanche soir. Le nouveau président de la République est venu s’exprimer devant ses supporters après une longue marche seule pour arriver au podium. Une séquence pleine de symboles pour le communicant Philippe Moreau-Chevrolet.

Philippe Moreau-Chevrolet est professeur de communication politique à Sciences-Po, président de MCBG Conseil.

"L’arrivée d’Emmanuel Macron se veut mitterrandienne. Il y a beaucoup de références à François Mitterrand. Il y a d’abord pyramide du Louvre qu’on voit pendant tout le discours. Elle est filmée un peu bizarrement, en contre-plongée, mais elle est présente. Cette pyramide elle symbolise évidemment l’œuvre de Mitterrand puisque c’est l’un de ses derniers grands travaux. On veut construire une image à la Mitterrand.

Il y a aussi l’arrivée à pied. Comme François Mitterrand en 1981. Emmanuel Macron porte un grand manteau qu’affectionnait l’ancien président de la République et qu’on retrouve dans bon nombre de photos célèbres. Notamment celle avec le chancelier allemand Helmut Kohl. Il y a aussi cette volonté forte et manifeste d’arriver avec l’hymne européen, l’hymne à la joie.

En soi, l’image n’est pas nouvelle. Le discours non plus. Ce qui change, c’est que c’est un homme jeune qui vit sous les habits de François Mitterrand. Emmanuel Macron n’a que 39 ans, il incarne en soi un renouvellement. Ce qui est nouveau c’est de voir un homme jeune emporter tout ce décorum. Cette tradition française quasi-monarchique est incarnée par un homme jeune. Ça, c’est nouveau.

"On a l’impression de voir un élève très appliqué"

A la fin, sa famille arrive sur scène avec lui. Ce ne sont pas des soutiens politiques. Ce ne sont pas des people comme on l’avait vu avec Nicolas Sarkozy en 2007. On est dans une image de proximité. Il cultive deux aspects: le premier est très majestueux, très monarchique. Et le deuxième lui correspond d’avantage, c’est l’aspect jeune, l’aspect proximité.

On a l’impression de voir un élève très appliqué. Qui veut d’un côté dire ‘j’ai compris les erreurs de François Hollande. Ma présidence je veux qu’elle soit plus verticale, plus autoritaire’. C’est-à-dire dans les pas de Mitterrand. D’un autre côté, le vrai naturel d’Emmanuel Macron c’est d’être plutôt sur des valeurs d’empathie. Ça s’exprime par de la proximité. C’est une vraie modernité qui n’est pas vraiment compatible avec ce côté monarchique. C’est ça qui est unique chez lui: il essaie de concilier des modèles différent. D’un côté Mitterrand et de l’autre Matteo Renzi en Italie ou Justin Trudeau au Canada. Il copie les deux et essaient de trouver son style avec eux".

Propos recueillis par Claire Andrieux (avec A.M.)