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Vrai statut de première dame pour Brigitte Macron: ça ne changera rien mais ça lève l'hypocrisie

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- - Eric Fefferberg - AFP

Emmanuel Macron, élu président de la République ce dimanche, devrait officialiser le statut de première dame de son épouse Brigitte, comme il s'y est engagé en avril. Une officialisation qui ne devrait rien changer par rapport à ses prédécesseurs, selon Armelle Le Bras-Chopard, professeur de sciences politique et auteure de Première dame, second rôle (éditions du Seuil).

Armelle Le Bras-Chopard, professeure de sciences politique et auteure de Première dame, Second rôle (Editions du Seuil). Son dernier livre Les putains du diable. Procès des sorcières et construction de l'Etat moderne vient de paraître (Dalloz éditions).

"Je ne vois pas ce que ça va changer par rapport à avant, si ce n'est lever l'hypocrisie en affirmant tout de suite: 'elle aura un rôle'. Je trouve méritoire de poser la question et de sortir de l'hypocrisie, mais le rôle de Brigitte Macron sera dans la poursuite de ce qu'elle fait déjà et de ce que les autres femmes de président faisaient. Cette officialisation, ce statut, ne va rien changer dans le fond. Toutes les premières dames ont eu un rôle auprès de leur mari président, comme toute femme peut apporter son soutien à son mari.

Cécilia Sarkozy, par exemple, a été extrêmement importante auprès de Nicolas Sarkozy, sans pour autant bénéficier du moindre statut officiel. Aujourd'hui, les premières dames ont déjà un secrétariat, un petit staff autour d'elles etc. Emmanuel Macron est marié, sa femme compte pour lui, elle est présente à ses côtés, donc quelle différence y aurait-il à lui accorder un statut, sinon se prémunir contre des attaques qui dirait: 'elle en fait trop'?

"Elles ont toujours un rôle politique"

Le cas de Danielle Mitterrand est intéressant: c'était une femme très libre et elle avait, à travers sa fondation, des positions qui pouvaient être à l'opposé de son mari président. Pourrait-on avoir de tels positions avec un statut de première dame? Elle risque de perdre en liberté de parole.

Et si Julie Gayet, Valérie Trierweiler ou Carla Bruni n'ont pas eu de rôle précis, elles ont toutes eu quelque part un rôle qu'on pourrait qualifier de politique, simplement parce qu'elles étaient la compagne du président.

Encorne une fois, tout dépendra de ce qu'il y aura dans ce statut, qu'elle ne déterminera de toute façon pas toute seule. Si elle doit avoir un rôle actif, quel sera ce rôle? 'Je m'occuperai des menus, des courriers, je suivrai mon mari dans ses déplacements ou ses dîners officiels, je l'empêcherai de manger trop de chocolat comme le faisait Cécilia Sarkozy'? Quel sera la plus dans ses activités? On est dans une intention, mais je ne vois pas comment cela peut se traduire concrètement.

"L'empêcher de manger trop de chocolat comme le faisait Carla Bruni?"

Le seul rôle politique qu'elle pourrait avoir, ce serait de répercuter et d'expliquer les grandes options du président de la République, ou de défendre certains dossiers comme l'a fait Michelle Obama (contre l'obésité...). Mais, je pense que les Français sont partagés à l'idée d'avoir une première dame à l'image de Michelle Obama, très impliquée dans la vie politique et qui n'hésite pas à donner son point de vue.

Si vous aviez imaginé un statut de la première dame avant le quinquennat de François Hollande, qu'aurions nous fait de Valérie Trierweiler, avec qui François Hollande n'était pas marié? Et si une femme remporte une prochaine présidentielle, que fera son mari? Et dans l'avenir peut-être, le conjoint ou la conjointe d'un ou d'une homosexuel(le)? La société évolue extrêmement rapidement et il n'est pas indispensable de tout figer avec un 'statut' prédéfini."

Propos recueillis par Philippe Gril