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Présidentielle: "pouvoir réconcilier les abstentionnistes, un vrai défi pour Emmanuel Macron"

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Emmanuel Macron a été élu président de la République dimanche, en battant Marine Le Pen avec 65,9% des suffrages, selon notre estimation Elabe. Mais avec une abstention à 25,8%, le successeur de François Hollande sait aussi qu’il va devoir s’attacher à convaincre ceux qui ne sont pas allés voter. C’est l’avis de Céline Bracq, directrice générale d’Odoxa, qui met également en avant le fort taux de vote blanc.

Céline Bracq est directrice générale de l’institut d’études Odoxa.

"Cette abstention n’est pas une abstention record, mais presque. La dernière fois que son niveau avait été très élevé, c’était en 1969, avec 69% de participation. Pour ce 2e tour, on serait environ à 75%, donc il y en plus une démobilisation des votants entre le 1er et le 2e tour. Quand on demandait aux Français pourquoi ils souhaitaient s’abstenir, ils nous disaient considérer qu’ils n’arrivaient pas à faire un choix entre deux offres politiques, deux responsables politiques, qu’ils n’aimaient pas.

"Il va devoir réunir ces Français, les convaincre"

C’est un vrai défi pour Emmanuel Macron: pouvoir réconcilier les abstentionnistes. D’autant qu’ils sont issus majoritairement des classes populaires, alors que les gens qui votent pour Emmanuel Macron sont plus aisés, ce sont ceux qu’on appelle les CSP+. Il va devoir réunir ces Français, les convaincre de le suivre à travers la politique qu’il mènera ces prochaines années.

En 1969, on était sur une situation politique complètement différente. Il y avait deux candidats, Pompidou et Poher, qui étaient très proches politiquement, de centre-droit. Les gens de gauche ne s’étaient pas du tout sentis concernés. En 2017, il y a eu beaucoup de clivage, mais une bonne part des électeurs a considéré qu’elle ne pouvait pas voter. Donc soit ils se sont abstenus, soit ils ont voté blanc.

"Le vote blanc a peut-être encore plus de sens politiquement qu’une abstention"

Le vote blanc, politiquement, a peut-être encore plus de sens politiquement qu’une abstention. Les électeurs qui ont voté blanc veulent vraiment signifier qu’ils ne sont pas du tout heureux de la situation politique qui se présente. Si on atteint les niveaux annoncés dimanche soir (autour de 10%, ndlr), ce serait un niveau absolument record de vote blanc sous la 5e République. En 1969 on était à 6,4%, on serait peut-être autour du double aujourd’hui. Les électeurs de la droite, notamment les Républicains, ainsi que les électeurs de Jean-Luc Mélenchon, avaient vraiment l’intention de voter blanc pour une bonne part.

Certaines associations demandent une reconnaissance du vote blanc. Il est quand même comptabilisé, mais il n’a pas le même poids évidemment qu’un vote "positif" pour un des deux candidats. Mais ce chiffre-là, malgré tout, compte tenu de son niveau record, il va devoir être analysé par le nouveau président de la République. Ces personnes qui par le vote blanc ont exprimé un geste de défiance, il va falloir les convaincre pour que son quinquennat ne soit pas un long chemin mené d’embûches."

Propos recueillis par Antoine Maes