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Cannabis: l'ex-ministre Jean-Baptiste Djebbari plaide pour la légalisation et avoue avoir déjà fumé

Jean-Baptiste Djebbari plaide ce vendredi pour une légalisation du cannabis, dans le sillage de l'Allemagne qui vient d'ouvrir la voie à une telle mesure. Et si l'ancien ministre des Transports s'est bien gardé de tout commentaire de la sorte lorsqu'il était en poste, c'est par "solidarité gouvernementale", assure-t-il sur RMC.

Tandis que le gouvernement allemand ouvre la voie à une légalisation du cannabis à usage récréatif pour adultes, la France reste dans la répression. Mais alors que l'actuel ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin estime que le cannabis "c'est de la merde" et est engagé dans une chasse aux points de deal son ancien collègue Jean-Baptiste Djebbari assure être pour la légalisation.

"C'est un des sujets sur lequel je suis content d'avoir récupéré ma liberté de parole. Je suis pour la légalisation", assure ce vendredi sur le plateau des "Grandes Gueules" l'ancien ministre des Transports. "J'ai fumé trois fois dans ma vie", confesse-t-il également sur RMC et RMC Story.

Les confidences de l'ancien ministre des Transports

Et s'il n'a jamais pris position en ce sens quand il était ministre, c'est par "solidarité gouvernementale", justifie Jean-Baptiste Djebbari. Pourtant, il juge la posture française actuelle "assez hypocrite", estimant que "d'un point de vue économique, du contrôle de la qualité et de la sécurité, c'est un bon sujet de référendum".

"C'est un sujet clivant d'un point de vue sociétal, mais je serais vraiment pour le mettre au débat. Je pense qu'on a une vision conservatrice et qu'on veut parler à la droite, en parlant de sécurité et donc pour parler de la sécurité à la droite, il ne faut pas légaliser la drogue", ajoute-t-il.

Pour le maire EELV de Grenoble Eric Piolle, favorable à une légalisation, la France reste enlisée "dans des débats de posture": "On a la législation la plus répressive d'Europe. Et au lieu de se demander ce que donnent les résultats en terme de santé publique, de sécurité et d'usage des forces de police, on pourrait se dire qu'on est en échec sur tout qu'il faut changer mais on préfère dire, 'non c'est pas cool'", déplore l'élu qui craint sur RMC qu'une légalisation en France n'arrive qu'avec "des dizaines d'années de retard".

"Les ministres de l'Intérieur préfèrent jouer les gros bras comme monsieur Darmanin"

"Il faut attendre que les ministres de l'Intérieur ne soient plus en fonction comme Daniel Vaillant (ministre PS de 2000 à 2002 sous Lionel Jospin, ndlr) qui une fois qu'il était parti avait reconnu s'être trompé et qu'il fallait légaliser", raconte le maire de Grenoble.

"Quand ils sont au pouvoir, les ministres de l'Intérieur préfèrent jouer les gros bras comme monsieur Darmanin. Et comme tous les autres il va espérer changer de poste avant d'être dans un échec de posture qui fragilise les policiers", ajoute Eric Piolle.

Et le maire de Grenoble l'assure: "Il y a une demande d'institutionnalisation de la part des dealers. Ils font de la communication, des promotions de fin d'années, des choses qui ont vocation à être rigolotes mais qui sont honteuses pour la République", déplore Eric Piolle. "Ce marché noir fait qu'on n'a pas de recette et comme c'est totalement interdit, il y a zéro prévention. Vous allez devant des lycées et avant 8h du matin, vous voyez des jeunes qui fument", déplore l'élu.

La France championne d'Europe de la consommation

Un rapport de l'Assemblée nationale publié en mai 2021 estimait que près de 18 millions de Français avaient déjà consommé du cannabis et que 1,5 million en consommait régulièrement, faisant de la France la championne d'Europe de la consommation de cannabis. Début 2019, près d'un Français sur deux (45%) se disait favorable à une légalisation, selon une enquête de l'Observatoire français des drogues et toxicomanies.

Selon les estimations du cercle de réflexion Terra Nova, la simple dépénalisation du cannabis pourrait permettre d'économiser 300 millions d'euros avec la baisse des coûts de la répression. Et les recettes fiscales avec la légalisation permettraient à l'Etat d'engranger entre 1,7 et 2,2 milliards d'euros.

Guillaume Dussourt