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La France ingouvernable ? Quel pouvoir pour le RN ? Les conséquences des législatives

Dans "Apolline Matin" ce lundi sur RMC et RMC Story, la politologue et constitutionnaliste Anne-Charlène Bezzina a analysé les conséquences des élections législatives.

La France est-elle ingouvernable ?

"Ingouvernable, ce n’est pas possible. Il y a des nécessités de la gouvernance, des textes internationaux, des textes de finances... Gouverner, on y sera contraint. Mais très difficile à gouverner, oui bien sûr. A partir du moment où un gouvernement n’a pas sa majorité, il est suspendu à des alliances au coup par coup, à se faire entendre par tractations, par goût du compromis. Et ça, ce n’est pas particulièrement dans l’habitude de la Ve République, ni dans celle de la France, ni dans celle de nos gouvernements. Ça va être très compliqué pour un président qui est passé pour jupitérien pendant cinq ans, d’apprendre cette culture du compromis. Il n’y a que deux solutions. La première solution, c’est l’accord de gouvernement avec un autre parti, qui pourrait être LR. C’est un peu la solution à l’allemande, élargir la majorité, donner des gages à l’autre parti. La seconde solution, vers laquelle on semble s’orienter puisque le groupe LR a peut-être plus d’intérêts à ne pas être dans la coalition gouvernementale, ça sera la majorité au cas par cas. Texte par texte, il faudra aller chercher des démarcheurs, des personnes qui vont convaincre sur les autres bancs. Ça risque d’être assez restreint."

Elisabeth Borne peut-elle être démise par une motion de censure dès début juillet ?

"On peut l’imaginer. Il faudrait déjà qu’il n’y ait pas eu de remaniement avant. Peut-être qu’il peut y avoir une démission collective de ce gouvernement, qu’on en change complètement. Il faut savoir qu’elle n’est pas obligée de solliciter la confiance. On a beaucoup de nos gouvernements qui ont simplement présenté un discours et qui sont partis sans engager leur responsabilité. Aujourd’hui, au vu du contexte, je pense quand même que cet engagement de responsabilité aura lieu. Il faut savoir qu’on ne décompte que les votes en faveur de la motion de censure. Il faudra des oppositions très actives, presque coalisées, à l’encontre du gouvernement."

Qui présidera la commission des finances ?

"C’est l’article 39 du règlement de l’Assemblée nationale qui nous dit que la présidence de la commission des finances doit revenir à un membre élu d’un groupe qui se déclare d’opposition. Ce n’est pas automatiquement le groupe le plus gros de l’opposition. Par tradition, c’est quand même toujours comme ça que ça s’est passé. On vient codifier une coutume. C’est normalement le groupe qui représentera le mieux l’opposition. Mais c’est une élection."

Quel pouvoir pour le RN avec 89 députés ?

"Le pouvoir de proposer, d’amender, de modifier, de questionner le gouvernement, de saisir le Conseil constitutionnel. Quand on se déclare groupe d’opposition auprès du président de l’Assemblée nationale, on a droit à des fenêtres plus longues de temps de parole. C’est beaucoup de visibilité et de possibilités de venir chercher le gouvernement."

Qui aura le groupe d’opposition le plus nombreux ?

"C’est un choix purement libre. Le groupe politique, c’est le poumon du parti politique dans l’Assemblée nationale. Il suffit d’une déclaration d’intention auprès du président de l’Assemblée nationale. D’après ce que j’ai décrypté des déclarations d’Olivier Faure (PS), on a l’impression qu’ils ont envie de créer un groupe commun de la Nupes. Est-ce que ça tiendra sur toute la législature ? Est-ce sûr qu’ils vont créer un groupe uni ? Ce sont d’autres questions."

Est-ce la fin de la Ve République ?

"On dit souvent que la Ve République s’essouffle. Mais pourtant, je crois qu’elle démontre son extrême flexibilité, parce qu’elle a permis un scénario comme celui d’hier. Elle a permis une cohabitation. Ce qu’on lui reproche est souvent ce qui fait sa grande qualité. Elle peut subir beaucoup de souplesse, de situations assez différentes. Ce qui est sûr, c’est qu’on n’est pas dans un scénario qui avait été prévu initialement. Ce que les Français nous montrent aussi, c’est qu’on a un résultat de proportionnelle avec un scrutin majoritaire. On a finalement la photographie de la présidentielle qui revient aux législatives. Ces fameux trois blocs fracturés, de la France qui ne s’entend plus, on les retrouvera dans l’Assemblée. Si on n’arrive pas à travailler ensemble à l’Assemblée, ça veut dire que la France est trop fracturée. Je pense que l’idée, c’est aussi d’arriver à montrer qu’au sein du cénacle qui représente la France, on arrivera à dégager des majorités au cas par cas et à s’entendre."

LP