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Le RN se propose pour présider un groupe de travail contre l'antisémitisme, l'opposition s'indigne

Le Rassemblement national s'est proposé pour présider un groupe de travail contre l'antisémitisme à l'Assemblée nationale, devançant ainsi tous les autres partis. Face aux critiques de l'opposition, les députés RN assurent qu'ils ne sont pas moins légitimes que les autres.

À l'Assemblée nationale, le RN s'est proposé avant les autres partis pour présider un groupe de travail sur l'antisémitisme. Une proposition qui a provoqué une indignation sur tous les bancs, mais le parti de Marine Le Pen ne compte pas lâcher l'affaire.

"On ne va pas se laisser faire! On n'est pas moins légitime que les autres partis pour présider le groupe sur l'antisémitisme", confie un député RN de premier plan, agacé. Selon nos informations, une nouvelle réunion se tient ce mercredi à 11 heures à l'Assemblée nationale, pour de nouveau discuter de l'attribution de la présidence des groupes d'intérêt. Il y en a 80 sur des thématiques variées, l'aéronautique, la fin de vie, ou encore l'antisémitisme donc.

Et la semaine dernière, le RN s'est positionné le premier pour obtenir ce groupe à la symbolique forte.

"Un boucher ne peut pas s'occuper d'un groupe sur le véganisme, et bien ils ne peuvent pas s'occuper de l'antisémitisme", lance, micro éteint, un député Nupes.

Avec en souvenir la position de Jean-Marie Le Pen, le fondateur du FN, pour qui la Shoah est "un détail de l'histoire".

Au RN, on se défend en expliquant que c'est de l'histoire ancienne. Et on s'interroge. "Pourquoi Marine Le Pen devrait payer à vie pour ce que son père a dit? Ses propos sont condamnables et ont été condamnés", insiste un frontiste. Le même raconte avoir attendu l'exclusion de Jean-Marie Le Pen pour prendre sa carte. Une exclusion décidée et mise en œuvre par sa fille.

Un front commun contre le RN

Le RN aimerait d'ailleurs changer le nom du groupe en ajoutant la notion de "nouvelles formes d'antisémitisme" dans le titre, pour travailler notamment sur le complotisme en ligne. Mais problème, la principale activité des groupes consiste à auditionner des acteurs du sujet. Et le CRIF, le Conseil représentatif des institutions juives de France, a déjà annoncé boycotter toute réunion si le RN en était à la tête.

"Il y a un malentendu, on veut être jugé sur ce que l'on propose vraiment", défend un stratège du mouvement.

Mais en réalité, il est probable que la présidence échappe au RN. Il s'est formé une sorte de front commun des Républicains à la Nupes, en passant par la majorité présidentielle, pour s'opposer à la nomination d'un président RN. "On a fait preuve d'une certaine naïveté", reconnaît un macroniste qui n'avait pas vu venir ce coup politique d'un Rassemblement national en quête de respectabilité. Avec les autres, ils veulent donc rattraper le coup et faire pression pour que le RN se retire de lui-même.

Si ce n'est pas le cas, un vote des différents responsables de partis sera organisé début décembre. En minorité, seul contre tous, le Rassemblement national devrait automatiquement perdre. Pour autant, il ne compte pas baisser les bras. Il espère conserver la présidence du groupe consacré au Sida sur lequel, là encore, il s'est positionné le premier. C'est l'un des 24 groupes qui revient, pour l'instant, au parti de Marine Le Pen.

Cyprien Pézeril