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Législatives: le PS risque-t-il de disparaître, comme le craint François Hollande?

L'ancien président de la République François Hollande a agité le spectre de la disparition du Parti socialiste en cas d'accord le noyant au sein de "l'Union populaire", le bloc de gauche mené par La France insoumise pour les élections législatives. La formation meurt pourtant à petit feu depuis des années.

6.36% des voix à la présidentielle de 2017, 6.19% aux européennes de 2019, 1.75% à la présidentielle de 2022... Le Parti socialiste disparaît peu à peu de la scène politique. Et seules quelques personnalités de son glorieux passé parviennent encore à le mettre sur le devant de la scène médiatique.

L'ancien président de la République François Hollande n'a pas arrangé les choses ces dernières années en tapant contre son propre camp à plusieurs reprises. Dans son livre "Affronter", il a qualifié la gauche de "liliputienne" fin octobre 2021, et a tardé à soutenir la candidate du PS Anne Hidalgo à la dernière présidentielle, hésitant même à tenter de jouer les sauveurs de dernière minute. Gabriel Attal, ancien du Parti socialiste, s'était étonné de la "vigueur" de ces attaques. "On finit par se dire: il n’y a pas grand monde qui trouve grâce aux yeux de François Hollande, si ce n’est François Hollande", a taclé le porte-parole du gouvernement fin 2021.

Mais aujourd'hui, François Hollande s'inquiète tout de même de l'avenir du grand parti de la gauche traditionnelle, né au début du XXe siècle. Au lendemain de premiers échanges entre PS et La France insoumise en vue des législatives du 12 et 19 juin, François Hollande a mis en garde ce jeudi contre le risque d'"une disparition" du PS en cas d'accord avec la formation de Jean-Luc Mélenchon pour les élections législatives.

Ce serait "une remise en cause de l'histoire même du socialisme, de François Mitterrand et ses engagements européens, de Lionel Jospin et sa crédibilité économique et ses avancées sociales", a-t-il alerté sur franceinfo, disant son souhait de voir cet éventuel accord "revu ou repoussé de manière à ce que le Parti socialiste puisse, avec ses partenaires écologistes, communistes, commencer à envisager une autre union".

"Candidat de l'Union populaire ? Je l'exclus"

Coincé en étau entre Emmanuel Macron, qui est parvenu à séduire dès 2017 de nombreux socialistes libéraux, et Jean-Luc Mélenchon, fort de sa 3e position et ses 22% de voix au premier tour de l'élection présidentielle, le Parti socialiste peine à peser politiquement.

Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, est pourtant en faveur d'un rapprochement avec "l'Union populaire" pour tenter de conserver quelques sièges à l'Assemblée nationale. Il se heurte à la ligne "Hollande" qui refuse de se présenter sous l'étiquette de la coalition menée par Jean-Luc Mélenchon. "Candidat de l'Union populaire ? Je l'exclus", a répondu très clairement l'ancien locataire de l'Elysée ce jeudi, qui pourrait entraîner avec lui d'autres leaders du PS à se ranger derrière lui.

"Je pense que cet accord ne sera pas accepté car il est précisément inacceptable", avec "pour la première fois dans l'histoire de la gauche (...) la disparition de toute candidature socialiste dans les deux tiers ou les trois quarts des départements", a souligné François Hollande. "Jamais dans l'histoire de la gauche on a eu ce type de comportement, y compris quand le Parti socialiste faisait 25-30% et ses alliés, supposés ou réels, faisaient 5-6%".

Guerre entre "pro" et "anti" union avec LFI: le dernier combat?

Deux lignes et une situation compliquée pour Olivier Faure, qui voit les risques de voir le parti (de nouveau) se scinder, cette fois entre "pro" et "anti" union avec LFI. Ce dernier a ainsi a enjoint mardi ceux qui ne seraient pas d'accord de quitter le parti. François Hollande a jugé que c'était "une curieuse manière" de gérer la discussion.

"Le premier devoir d'un responsable politique qui dirige une formation, c'est de rassembler d'abord les siens avant de penser se rassembler avec les autres", a-t-il ajouté.

Et s'il a reconnu avoir "forcément une part de responsabilité" dans l'état actuel du PS, l'ancien numéro un du PS de 1997 à 2008 a déploré que "depuis cinq ans", son parti n'ait pas engagé de "travail programmatique".

François Hollande a aussi pointé du doigt le fait que le PS soit "sans incarnation", soulignant ne pas parler d'Anne Hidalgo mais bien de "la direction du PS". "Un chef se présente d'abord devant les électeurs" et il y avait pour cela "les élections européennes, régionales, pour entraîner les autres", a-t-il remarqué, ciblant encore Olivier Faure sans jamais le nommer.

Un duel fratricide pour un parti au bord de l'abîme. François Hollande regrettait dans Le Parisien en novembre 2021 que la gauche participe à des "batailles aussi picrocholines que microscopiques", mais en est maintenant le principal animateur.

J.A. (avec AFP)