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Présidentielle: Anne Hidalgo, les coulisses d'une campagne qui a fait flop

Mauvais départ, choix stratégiques contestés, parti plus divisé que jamais… Alors que le résultat du 1er tour de l'élection présidentielle n’est pas encore connu, les stratèges de la campagne et des grincheux du PS font déjà le bilan de la candidature d'Anne Hidalgo.

"Il est temps que cette campagne se termine” souffle un historique du PS. Le ton est donné. S’il reste encore quelques jours à Anne Hidalgo pour mener à bien sa campagne pour l'élection présidentielle, l’heure est déjà au bilan au Parti socialiste. Et les langues se délient avant même le premier tour, ce dimanche.

Une entame ratée

Une mauvaise entrée en campagne. C’est l’argument qui revient en boucle chez les socialistes. Créditée de 9% d’intention de vote début septembre selon un sondage Ipsos, Anne Hidalgo stagne désormais autour de 2% depuis plusieurs semaines, voire 1,5% dans le sondage Elabe pour BFMTV publié le 2 avril.

Certains y voient une campagne préparée trop tardivement. "Quand vous regardez les trois premiers des sondages aujourd’hui - Emmanuel Macron, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon -, ils sont dans les écrans des Français depuis cinq ans. On sait qu'ils seront candidats, depuis cinq ans. Pas Anne Hidalgo", déplore un parlementaire socialiste.

"Elle a commencé à penser à se présenter après le retrait de Bernard Cazeneuve. Et finalement elle se déclare en septembre, c'était trop tard. Il nous a manqué quelques semaines", estime également un cadre de la campagne.

Mais pour d’autres, plus qu’un problème de timing, c’est avant tout un problème de choix illisibles. "Pour moi, ça commence le jour de de son annonce de candidature, explique un ancien ministre socialiste. "Elle dit qu’elle est écolo, mais elle ne participe pas à la primaire des écolos. Ensuite, elle dit qu’elle va doubler le salaire des profs, puis elle se rétracte. Anne Hidalgo souffre d’un manque de clarté et d'affirmation."

Le même socialiste cite Pierre Mauroy pour résumer la trajectoire inéluctable d'Anne Hidalgo: "Quand une voiture prend le premier virage de travers, vous avez beau essayer de corriger le tir, vous finissez dans le fossé...".

Il est vrai que la candidate a changé de discours en cours de route. Si, au début de la campagne, elle se présentait comme candidate socialiste et écologiste, Anne Hidalgo a depuis changé son fusil d'épaule en insistant plus sur ses arguments sociaux.

Un problème de ligne

Ce qui revient beaucoup parmi les critiques des socialistes, c’est l’absence de ligne identifiée par les électeurs. "Au PS, tout le monde a le droit de s'exprimer, reconnaît un socialiste de longue date. Le problème, c'est que cette liberté d'expression fait qu'on ne connaît pas notre position. Il nous faut un chef, qui montre la ligne, et qu'on s'y tienne."

Un autre y voit aussi un manque de travail au sein même du PS, depuis la fin du mandat de François Hollande. "On a été fainéant, on n'a eu aucun débat en interne sur notre ligne économique, sociale", résume-t-il.

Pour les quelques cadres de la campagne qui ont mouillé la chemise, malgré vents et tempête, il y a eu un sentiment de grande solitude. "Quand on a une candidate, on attend du parti qu’il soit complètement derrière elle", déplore un proche d’Anne Hidalgo. Il reproche au 1er secrétaire du PS, Olivier Faure, dont les relations avec la candidate sont notoirement froides, d’avoir laissé circuler longuement dans la presse l’idée que le parti pourrait "débrancher" sa candidature.

La campagne a ensuite ressemblé à un long chemin de croix entre l’émergence, avortée depuis, de la candidature de Christiane Taubira ("Elle nous a bouffé la laine sur le dos"), et la montée en puissance de Jean-Luc Mélenchon.

Une image trop parisienne

Très tôt, dans la campagne, Anne Hidalgo a publié son organigramme. Un des plus fournis de toute la campagne présidentielle, entre les conseillers thématiques, les porte-parole et les conseillers stratégiques. Cette organisation de campagne reposait pour beaucoup sur "l’équipe de France des maires". Une dizaine d’édiles socialistes, souvent des métropoles, censés incarner la nouvelle génération du parti.

"C’était une bonne idée sur le papier, mais en pratique, ils n’étaient pas suffisamment disponibles. Ils avaient leurs villes à gérer. On n’a pas pu compter sur eux autant qu’on voulait", se lamente une figure du parti. D’autres pointent également du doigt une mauvaise organisation de certaines petites mains de la campagne. "Il ne vous aura pas échappé que ce n'est pas moi qui ai recruté l'équipe de campagne", évacue ce même interlocuteur. 

Par ailleurs, Anne Hidalgo serait-elle en train de payer les frais de son image trop parisienne, dans une France qui a toujours eu un rapport complexe avec la capitale?

"Dans ma circonscription, quand les gens croisent une voiture immatriculée 75, ils lui font des queues de poisson, raille un député PS. Franchement, être maire de Paris, ce n'était pas sa meilleure carte."

La candidate s’est pourtant efforcée à multiplier les déplacements en région, une centaine. Un proche tente de la défendre: "Elle n’est pas maire de Paris, mais maire du peuple parisien. Il y a des classes très populaires dans Paris. Mais oui, sans doute qu’elle connaît moins la France que François Hollande en 2012".

"C'était une campagne low-cost"

Alors que, sauf énorme surprise, Anne Hidalgo ne dépassera pas les 5% au soir du premier tour, et ne sera donc remboursée que de 800.000 euros de ses frais de campagne, l’équipe de campagne a minimisé les coûts au maximum. Avec seulement une dizaine de meetings de petites tailles dans des salles souvent peu coûteuses. La direction de campagne est allée jusqu'à renoncer, pour le meeting au Cirque d’hiver à Paris, à installer des enceintes supplémentaires en dehors de la salle, pour éviter une dépense de 15.000 euros.

"Anne Hidalgo a voyagé en seconde classe, elle n’a quasiment pas pris l’avion, détaille un membre de l’équipe de campagne. Moi, je me suis payé moi-même toutes mes chambres d’hôtel, je n’ai rien mis sur les comptes de campagne."

Si pour l’instant, les socialistes ne veulent pas détailler leurs dépenses, bien en-dessous des 5 millions d’euros selon nos informations, les comptes seront publiés cet été. En 2012, François Hollande avait dépensé 21 millions d’euros. Pour Benoît Hamon, en 2017, 16 millions d'euros.

Reste désormais une question. Anne Hidalgo peut-elle faire mentir les sondages, qui la donnent à 2% dimanche soir ? “Je ne la vois pas faire 2%... Ça voudrait dire que le PS ne fait que 600.000 voix, s’il y a 65% de participation. Je ne peux pas le croire", clame un cadre du PS. Un autre refroidit les espoirs de surprises: "Elle fera 2%. Les sondages ne se trompent pas".

Cyprien Pézeril et Romain Cluzel (avec G.D)