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Macron au Congrès: "Un premier discours très Gaullien, très lyrique et poétique"

Emmanuel Macron, le lundi 3 juillet

Emmanuel Macron, le lundi 3 juillet - Eric FEFERBERG / POOL / AFP

C'était le premier grand discours d'Emmanuel Macron. Lundi, il s'est exprimé devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles. Élodie Mielczareck, sémiologue, experte en langage verbal et non verbal, revient sur cet exercice de style très calibré.

Élodie Mielczareck, sémiologue, experte en langage verbal et non verbal, a suivi le grand discours de politique générale d'Emmanuel Macron. Entre envolées lyriques, messages aux députés insoumis et une expression physique très contrôlée, elle analyse ce premier discours pour RMC.fr.

"Ce qui m’a interpellée dans ce premier grand discours d’Emmanuel Macron, c’est le ton qu’il a donné. Pendant tout son discours, il a tenu un vocabulaire très lyrique, très poétique. Le rythme de ses phrases, les mots employés, l’utilisation massive d’adjectifs et de mots complexes… Il s’est placé comme un homme de lettres, celui qui détient le savoir. Et donc celui qui préside.

Une grande partie de son discours est composée d’envolées lyriques. "Défendre notre bien commun", "protéger les plus faibles", "renouer avec ce courage français"… Autant d’expressions qui le placent comme président jupitérien. Ce président, qui fixe le cap, les idéaux, les grandes lignes à venir. Mais de façon relativement floue, abstraite.

"On est dans les codes de Charles de Gaulle"

"Autre point de son discours, la longueur. Une heure trente. Là, il est dans les codes de Charles de Gaulle. Des discours très longs qui avaient une dimension lyrique, poétique, tout en restant abstrait. De fait, il se place à l’extrême opposé de François Hollande. Emmanuel Macron n’est pas le président normal. Il ne le sera jamais. Il est au-dessus de la mêlée. Le président, c’est celui qui détient la connaissance, qui est dans la maîtrise totale. De son corps, de ses dires.

Là, il rejoint Barack Obama, sur sa posture, sa façon de se tenir, de se présenter et son discours très contrôlé. C’est le seul point. Le discours de Macron est beaucoup plus riche en vocabulaire, moins direct. En sous-main, on observe la culture et le patrimoine français dont se revendique Emmanuel Macron.

Sur son aspect physique, il est dans l’hyper-contrôle. Pas un rictus, pas une seule place à l’improvisation. Ou presque. J’ai noté qu’au début et à la fin de son discours, ses traits sont durs, fermés. C’est le seul moment où il apparait stressé, peut-être nerveux par cet exercice de style".

"Un discours très lyrique, très contrôlé"

"Le reste, c’est au niveau de sa voix qu'on le remarque. Quand il est abstrait (conquête, renouveau), son accent est plus tonique, comme s’il avait besoin de convaincre davantage. En revanche, quand il parle technique, son ton est plus monotone, il s’attarde sur les mots.

A un seul moment dans ce long discours, son visage se transforme vraiment. Quand il envoie un message aux députés de la France Insoumise. ("Sieyes et Mirabeau ne désertèrent pas, je crois, si promptement le mandat que leur avait confié le peuple"). Là, on sent que cette absence l’impacte émotionnellement. Son visage change légèrement, au niveau des yeux surtout. C’était un message direct à Jean-Luc Mélenchon et à son groupe.

Au final, son discours était très Gaullien, très lyrique, très contrôlé. Ce qui le place dans la stature de l’homme d’Etat. Il a fait une campagne où il était l’homme accessible, jeune, dynamique et aujourd’hui, il n’est plus dans ce registre. Il est dans l’hyper-contrôle, la distance. Il se positionne en président jupitérien. C’est une caractéristique de sa posture présidentielle. Il n’y a aucune place à l’improvisation. Comme si la parole présidentielle était trop grave pour laisser place à tout dérapage." 

Propos recueillis par E. H.