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Rachel Keke élue députée: "Son élection, c’est l’honneur de notre démocratie", salue Jérôme Marty

La femme de ménage et militante CGT Rachel Keke a été élue députée ce dimanche, sous la bannière de la Nupes aux élections législatives, après un parcours atypique.

"Je suis la voix des sans-voix". Rachel Keke, figure de la lutte sociale des femmes de chambre, été élue à l'Assemblée nationale dimanche. Elle, et ceux qui ont lutté à ses côtés, avaient fait plier la direction du groupe de l'hôtel Ibis après 22 mois de grève entre 2019 et 2021. Et elle a de nouveau remporté une bataille ce dimanche, électorale cette fois-ci.

Agée de 47 ans, la Franco-Ivoirienne avait pourtant en face d'elle l'ancienne ministre des Sports Roxana Maracineanu (Ensemble), mais elle l'a tout de même devancée dans la 7e circonscription du Val-de-Marne avec 50.3% des voix. "Je savais que j’allais gagner car je suis un grand symbole. Je n’avais pas peur car j’avais foi en moi et une belle équipe", a-t-elle salué à l'issue de sa victoire sur BFMTV.

"Je crains qu’elle se fasse écrabouiller et que personne ne l’écoute"

Certains commentateurs s'inquiètent en revanche qu'elle ne soit cantonnée qu'à un rôle de symbole durant la prochaine législature. "On ne fait pas de la politique en étant un symbole. Elle a eu ce combat par rapport aux femmes de ménage. Mais moi qui ai côtoyé tous ces loups à l’Assemblée nationale, je crains qu’elle se fasse écrabouiller et que personne ne l’écoute", s'inquiète sur RMC Elina Dumont, ancienne SDF et intervenante sociale.

Mais Rachel Keke a d'elle-même prévenu dès dimanche soir qu'elle ne serait pas à l'Assemblée nationale pour faire de la figuration, et compte lutter dans un premier temps pour le pouvoir d'achat des Français.

"Avec la Nupes on a promis d’augmenter le Smic à 1.500 euros, c'est un combat qu'il faut que l'on mène", lance-t-elle, ne s'enfermant pas dans une logique de partis politiques mais d'ouverture. "Il faut qu'on essaye de voir ensemble, même avec tous les autres députés qui ne sont pas forcément de la Nupes, car on est à l’Assemblée nationale pour protéger le peuple. Si le peuple nous a élu, c'est pour parler de la cause du peuple. Pas pour des partis politiques".

"Heureusement que dans cette défaite démocratique avec 54% d'abstention, il y a un peu d’honneur"

D'autres vont jusqu'à dire qu'elle va se "heurter au mur de la réalité", mais le parcours de cette militante CGT, arrivée en France en 2000, est également salué par de nombreuses personnes, comme le Dr Jérôme Marty des Grandes Gueules:

"Hier la démocratie a pris une énorme claque avec 54% de gens qui ne sont pas allés voter, heureusement que dans cette défaite démocratique, il y a un peu d’honneur. L’élection de cette femme de ménage, c’est l’honneur de notre démocratie. On a quand même plus de cadres et de CSP+ à l’Assemblée nationale que d’ouvriers. Là, elle a été la gagner, cette élection, démocratiquement, et il faut le saluer", insiste-t-il.

"Elle est devenue française, donc a fait ce choix d’être naturalisée française, a mené un combat pour les autres, et aujourd’hui on vient nous dire qu’elle va se heurter au mur de la réalité... Est-ce qu'on peut avoir du respect?", demande l'avocate Marie-Anne Soubré, pendant que l'étudiante Stella Kamnga, plutôt du bord politique opposé, parie sur le "courage et le tempérament" de cette femme de ménage. "Pour en arriver là, elle a déjà dû en baver. Je pense qu’elle ne va pas se laisser faire donc attendons avant de juger", conclut-elle.

J.A.