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Burkini: "S'il n'y avait pas ce contexte de tensions dans le pays, on n'aurait pas cette situation-là"

Jean Leonetti, maire Les Républicains d'Antibes (Alpes-Maritimes), est l'un des seuls élus du littoral de la Côte d'Azur à n'avoir pris aucun arrêté anti-burkini. Invité ce vendredi sur RMC, il explique pourquoi.

Du Touquet (Pas-de-Calais) à Nice (Alpes-Maritimes) en passant par Fréjus (Var) ou Sisco (Haute-Corse), au total plus de 30 communes littorales françaises ont pris, au 26 août, des arrêtés dits "anti-burkini" interdisant sur leurs plages publiques le port d'une tenue qui ne serait pas "correcte, respectueuse des bonnes mœurs et du principe de laïcité, et respectant les règles d'hygiène et de sécurité des baignades". Mais, sur la Côte d'Azur, une ville fait figure d'exception: Antibes.

"A Antibes, il n'y a pas de troubles à l'ordre public"

Invité ce vendredi sur RMC, Jean Leonetti, le maire Les Républicains de cette commune, explique pour quelles raisons il n'a pas souhaité prendre un tel type d'arrêté. "Si on prend un arrêté qui interdit quelque chose c'est parce qu'il y a un trouble à l'ordre public. Or je n'ai pas de troubles à l'ordre public sur les plages d'Antibes-Juan-les-Pins donc je ne vois pas pourquoi je prendrai une mesure qui n'a pas réellement d'objet", justifie-t-il.

"En trois inspections des plages, pour des raisons liées au terrorisme ou à la prévention des vols, on a constaté qu'une seule femme ayant seulement un voile sur le visage et qui accompagnait un vieux monsieur se baigner. Je pense que j'aurais été ridicule si j'avais sanctionné cette personne", indique encore le député des Alpes-Martimes. "L'important pour un maire, c'est la tranquillité publique et l'ordre public, estime Jean Leonetti. C'est la raison pour laquelle je ne critique pas ceux qui ont pris cet arrêté s'ils estimaient qu'il y avait un trouble à l'ordre public".

"Trouver des situations autres qu'un arrêté sur une tenue vestimentaire"

"Soyons quand même clairs et réfléchissons un peu, poursuit l'édile d'Antibes. Qu'est-ce que ça veut dire de porter un burkini? Et que veut dire de l'interdire? S'il n'y avait pas ce contexte de tensions dans notre pays suite aux attentats terroristes, s'il n'y avait pas un rejet, de la part de la plupart de nos concitoyens, de l'islam qu'ils considèrent comme une religion dangereuse, violent et leur faisant peur, on n'aurait pas cette situation-là. Cela veut dire qu'il faut trouver des situations autres qu'un arrêté sur une tenue vestimentaire. Il faut aller au fond du problème qui est de savoir ce qu'est l'islam de France".

"C'est pourquoi j'ai envie d'entendre la parole de l'imam de Bordeaux et plus celle de l'imam de Brest, ajoute Jean Leonetti. L'un est le témoin du vivre-ensemble, même si cette formule m'énerve un peu, en disant 'Oui on peut être Français et musulman dans ce pays'. L'autre dit des choses qui tiennent de l'obscurantisme, contraires à toute ma vision de la laïcité et de la République française".

"Lorsqu'on répond à la provocation, on l'alimente"

Le député Les Républicains considère aussi que "la provocation amène la provocation. C'est-à-dire que je ne peux pas penser que la femme qui arrive tout habillée, avec un voile, sur la plage de Nice, qui s'allonge sans serviette et qui attend patiemment que les policiers municipaux viennent la verbaliser ne le fasse pas sans provocation. Mais malheureusement dans les médias, dans la politique, lorsqu'on répond à la provocation, on l'alimente, on la favorise".

"Je pense donc qu'à un moment donné il faut être extrêmement ferme sur les valeurs, sur l'organisation de l'islam en France, argumente encore Jean Leonetti. Il faut interdire toutes ces nébuleuses, que ce soit sur internet comme dans certaines mosquées salafistes, ces paroles contraires à nos principes. Pour autant, il ne faut pas se focaliser sur le problème vestimentaire qui n'est qu'une petite portion du problème. J'aimerais que l'on revienne à une République ferme, laïque, assise sur ses valeurs mais qui ne se perde pas dans des détails et qui ne réponde pas de manière excessive à la provocation".