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Carburant: après plus de deux semaines de grève, où en est le mouvement?

La grève continue dans les raffineries, après plus de deux semaines de mobilisation. Chez TotalEnergies, les négociations sont au point mort. Plusieurs ministres ont appelé Total à augmenter les salaires, ce jeudi. Du côté d'Esso-ExxonMobil, plusieurs salariés ont été réquisitionnés. La CGT a déposé un référé, contre ces réquisitions. Dans le même temps, la grogne monte dans de nombreux secteurs et une journée de grève générale est envisagée. On fait le point sur la situation.

Les grèves dans les raffineries continuent et les stations-service à sec. Où en est le mouvement après plus de deux semaines de mobilisation? Chez TotalEnergies, la grève dure depuis le 27 septembre et les négociations sont au point mort. Le groupe a, cependant, annoncé ce jeudi qu'il allait verser un bonus exceptionnel d'un mois de salaire à tous ses salariés dans le monde.

Pour rappel, les demandes des grévistes sont toujours les mêmes: revalorisation salariale à hauteur de 10%, dégel des embauches en France et la création d'un plan massif d'investissements dans l'Hexagone.

"En plus de la prime pour les salariés dans le monde, TotalEnergies indique également avoir proposé (pour la France) une enveloppe d'augmentation salariale sur la base de l'inflation 2022, soit 6%", a indiqué la communication du groupe à l'AFP.

La grève reconduite et élargie chez Total

Mercredi, la direction de TotalEnergies a échangé avec les différents syndicats, mais aucune solution n'a été trouvée. Les grévistes ont refusé une proposition de débloquer les livraisons, comme condition à l'ouverture dans la foulée de négociations salariales. "C'est un refus catégorique massif, ils (les salariés) ne veulent pas de cette exigence pour négocier", a déclaré à l'AFP Thierry Defresne, secrétaire CGT du comité TotalEnergies Europe.

La grève a donc été reconduite "à une très large majorité", ce jeudi, pour cinq sites: la raffinerie de Normandie, celles de Donges, Feyzin et la Mède et le dépôt de Flandes.

Le syndicat FO a rejoint, mercredi, la CGT mobilisée depuis le début du conflit. Ainsi, le syndicat annonce dans un communiqué que les syndicats FO de Donges, Feyzin, Normandie, La Mède, Grandpuits/Gargenville et Flandres ont tous rejoint le mouvement.

"J'appelle à l'augmentation des salaires"

Quand le retour à la normale est-il prévu? "Dès que la direction de Total acceptera des négociations. Cela fait plus de 15 jours que la grève a été déclarée, il n'y a pas de réponses", affirme le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, invité sur RMC et BFMTV, ce jeudi.

Agnès Pannier-Runacher, ministre de la Transition énergétique, a affirmé, ce jeudi sur RMC que Total devait augmenter les salaires.

"C’est le moment de mettre en place sa promesse. (...) J’appelle à l’augmentation des salaires parce qu’on en a besoin. L’inflation fait que les salariés ont besoin d’être augmentés aujourd’hui. Il faut que Total mette en œuvre ces augmentations, ils en ont les moyens."

Du côté d'Esso-ExxonMobil, CGT et FO ont rejeté, en début de semaine, un accord majoritaire signé par d'autres syndicats, dont la CFDT. La grève a donc été reconduite dans ses deux raffineries, mais le gouvernement a décidé de lancer la réquisition des personnels indispensables au fonctionnement du dépôt de carburants de la raffinerie de Port-Jérôme-Gravenchon (Seine-Maritime).

Fatigue et essouflement du mouvement?

Sur place, les grévistes sont toujours très en colère, mais aussi fatigués, au 23e jour de mobilisation ici. "Le mouvement s'essouffle", reconnaît un syndicaliste.

Des réquisitions qui mettent le feu aux poudres?

Plusieurs salariés sont donc contraints de venir rouvrir les vannes, sous peine de sanctions. Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, a annoncé qu'un référé avait été déposé pour s'opposer à ces réquisitions.

La réquisition ne vise pas les opérations de la raffinerie et donc la production de carburant. Elle "va permettre d'assurer l'expédition des produits", "normalement aujourd'hui vers la région parisienne" par oléoduc, a précisé mercredi une porte-parole d'Esso France.

D'après Philippe Martinez, ces réquisitions n'ont "pas apaisé le mouvement". Au contraire, elles mettent le feu aux poudres. Il affirme avoir dit au gouvernement: "Vous faites une connerie".

Une journée de grève nationale?

Dans de nombreux secteurs, la grogne monte. De nombreux salariés sont en grève: dans les deux sites de Lubrizol, dans le service des transports en commun de Saint-Nazaire, au théâtre de l'Odéon à Paris, ou encore dans des centrales nucléaires entre autres. Une journée de grève générale, la semaine prochaine, est envisagée.

Astrid Bergere