RMC

De plus en plus de Français démissionnent: "J'ai tout plaqué pour devenir conseiller funéraire"

De plus en plus de Français quittent d'eux-mêmes leur emploi selon les chiffres de la DARES, la direction des statistiques du ministère du Travail. Les auditeurs de RMC témoignent.

"Je pense que c'est le début d'une nouvelle ère". Une proportion de Français de plus en plus grande se dit prête à claquer la porte de son entreprise, et c'est maintenant vérifiable dans les chiffres. Le Parisien explique ce mardi matin que depuis avril 2021, selon les données du service de statistiques du ministère du Travail (Dares), le nombre de départs à l’initiative des salariés est en très nette augmentation. Au troisième trimestre 2021, il a même dépassé son niveau d’avant crise avec 445.000 départs (+ 14,1 % par rapport à la même période en 2019).

Eric Gras, spécialiste de l'emploi au sein d'Indeed, moteur de recherche d'emploi en ligne, était l'invité d'Estelle Midi sur RMC pour évoquer cette tendance qui ouvre donc selon "une nouvelle ère", et confirme que le moment est idoine pour aller voir si l'herbe est plus verte chez le voisin.

"C'est le bon moment. On a vraiment basculé dans un marché de candidats. On a 40% d'offres d'emploi en plus qu'avant la pandémie. C'est une moyenne mais sur certains secteurs, c'est 200%. La population française est vieillissante donc ça va continuer", assure-t-il.

"Cela dépend des classes. Les plus précaires ont plus de mal à quitter leur travail", nuance de son côté Fatima Benomar, militante associative et chroniqueuse sur RMC.

"J'ai pris le risque de quitter un CDI, ça avait plus de sens que mon ancien métier"

La "quête de sens" a été longuement évoquée durant la période de confinement liée au Covid-19, avec des millions de personnes à travers le monde occidental qui se sont rendues compte qu'elles ne servaient pas à grand-chose pour l'intérêt général. Les reconversions se multiplient et emmènent donc parfois aux métiers qui semblent plus "importants" humainement. C'est le cas d'Isabelle, dans le Lot-et-Garonne, qui a tout repris à zéro à 45 ans.

"J'ai profité du confinement et d'une restructuration de mon entreprise pour me reconvertir comme aide-soignante. C'est un beau métier. Par ce métier, je me sens plus valorisée, c'est ce qui a contribué à ma reconversion", témoigne cette ancienne secrétaire assistante commerciale. "C'est aussi une sacrée remise en question. Se remettre dans les cahiers, c'est dur, mais je ne regrette pas du tout mon choix."

Ancien assureur, Bilal est désormais conseiller funéraire et a suivi une trajectoire similaire, à un âge beaucoup plus jeune.

"J'ai démissionné il y a deux ans, à 26 ans. Je suis passé par beaucoup de boulots, j'ai pris le risque de quitter un CDI. Cela avait plus de sens que mon ancien métier. Avant, c'était un domaine où on ne faisait pas plus attention au client qu'à la production. Là, il y a un accompagnement. Il ne faut pas dénigrer ceux qui essayent de quitter leur emploi", tient-il à souligner.

"Les Français ne basculent pas d'entreprise sur un coup de tête"

Les Français sont ainsi de plus en plus nombreux à se lancer, mais pas à l'aveugle non plus, précise Eric Gras. Ce dernier assure que si les chiffres des envies de départ sont importants, peu se lancent sans préparation préalable.

"C'est une question d'adéquation, il faut être en phase avec son métier. Les Français ne basculent pas d'entreprise sur un coup de tête. Aujourd'hui, on a beaucoup plus l'occasion de se renseigner avant grâce à Internet."

J.A.