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Double hausse pour le prix du tabac: combien va coûter le paquet de cigarettes en 2023 et 2024

Alors qu'Élisabeth Borne a confirmé une hausse du prix du paquet de cigarettes ce lundi matin sur RMC-BFMTV, Bercy a précisé les montants de cette augmentation ce lundi. Il est prévu une augmentation de 50 centimes en 2023 et encore 35 centimes de plus en 2024, portant ainsi le prix du paquet à 11 euros.

Nouveau coup dur pour le portefeuille des fumeurs. Après deux ans de stabilité, le prix des cigarettes va désormais suivre l'inflation et atteindre 11 euros le paquet en 2024, a décidé le gouvernement, plaidant la lutte contre le tabagisme. Une annonce qui n'a pas été bien acceuillie par les cigarettiers qui prédisent un bond des ventes illégales.

"Je vous confirme que le prix du paquet [...] va augmenter comme l'inflation. Ça serait assez paradoxal que la hausse des cigarettes soit moins élevée que l'inflation", cela signifierait que "finalement, relativement, le prix baisserait", a déclaré ce lundi matin la Première ministre Elisabeth Borne sur RMC-BFMTV.

Le projet de loi de financement de la sécurité sociale (PLFSS) présenté lundi en Conseil des ministres prévoit que le prix moyen du paquet, "aujourd'hui de 10,15 euros", va augmenter de "50 centimes en 2023 et de 35 centimes en 2024", ce qui le "fera passer à 11 euros", a précisé Bercy.

Le gouvernement annonce aussi de "nouveaux barèmes fiscaux adaptés" pour les produits aujourd'hui moins taxés comme le tabac à rouler et le tabac à chauffer. Pour justifier cette hausse, le gouvernement fait valoir que la hausse de fiscalité intervenue de 2018 à 2020, qui a amené le paquet de 20 cigarettes à 10 euros, a été payante en termes de santé publique, en entraînant une "baisse sans précédent de la consommation de ces produits: moins 22% de volume entre 2017 et 2021" et environ "deux millions de Français qui ont arrêté de fumer depuis 2017, selon Santé publique France", dit Bercy.

Une mesure de santé publique

Or après un gel de la fiscalité en 2021 et 2022, l'inflation élevée, si elle n'était pas répercutée sur les prix du tabac, pourrait conduire à une "baisse des prix réels du tabac", et faire augmenter la consommation, selon le ministère.

"Si on laisse les jeunes entrer dans le tabagisme avec un paquet peu cher, on produit les fumeurs des 30 prochaines années: or le vrai scandale c'est qu'à 14 ou 15 ans, ils achètent déjà des cigarettes sans aucun contrôle, chez les buralistes", dit Loïc Josseran, professeur de santé publique et président de l'Alliance contre le tabac.

"Cette mesure fiscale importante, permet de réfléchir à sa consommation et de gagner du pouvoir d'achat, sachant que s'arrêter de fumer est complètement pris en charge par l'Assurance maladie. Un Smicard qui cesse de fumer récupère un tiers de son salaire", souligne-t-il.

Sans surprise, les fabricants de cigarettes se sont insurgés contre une "hausse fiscale considérable" selon Jeanne Pollès, présidente de Philip Morris France qui produit la marque la plus vendue dans le monde, Marlboro. Cela va pénaliser "les Français les plus pauvres" et "aggraver la montée des trafics de fausses cigarettes à bas prix", dit-elle. Même son de cloche chez British American Tobacco (BAT) qui évoque un "cadeau fait au crime organisé", selon un porte-parole, prédisant l'apparition de "nouvelles manufactures de contrefaçon de tabac en France" - deux ont été démantelées à ce jour.

Première cause de décès évitable, le tabac fait quelque 73.000 morts en France, avec un coût direct de 20 à 26 milliards d'euros par an pour l'Assurance maladie et un "coût social" global estimé à 120 milliards par l'Observatoire français des drogues et toxicomanies.

La rédaction avec AFP