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Ces cas de maltraitance infantile que l'on ne veut pas voir: "On voyait mes traces de coups, et pourtant…"

Selon un sondage de l'association l'Enfant Bleu, 47% des Français estiment probable qu'il y ait dans leur entourage au moins une personne ayant subi ou subissant des maltraitances infantiles. La moitié d'entre eux, ne fait rien de ce soupçon. RMC a rencontré Leïla, maltraitée tout au long de son enfance.

C'est un sondage qui interpelle. Selon une enquête réalisée pour l'association l'Enfant Bleu, et que RMC vous révèle, 47 % des Français estiment probable qu'il y ait dans leur entourage au moins une personne ayant subie ou subissant des maltraitances infantiles. Surtout, parmi ces 47 %, la moitié ne fait rien de ce soupçon. D'ailleurs, pour 79% des Français c'est un sujet tabou. Pourtant, lorsqu'on soupçonne une situation de maltraitance, le premier réflexe, selon l'association, c'est d'en parler à son entourage, parfois même à la victime ou à l'auteur lui-même. Mais le signalement aux services sociaux, à la police ou aux professionnels de santé reste encore trop rare.

RMC a rencontré Leïla, une victime de maltraitance familiale, à Douai, dans le Nord. Elle est la deuxième d'une fratrie de 4 enfants. De toute petite jusqu'au lycée, elle a été la souffre-douleur de sa maman. "C'était des brimades, des coups. Des insultes et des humiliations… Ma mère me frappait pour rien. Ma tête a été ouverte je-ne-sais-combien de fois. J'ai même eu un coup de couteau sous le bras. Je n'étais qu'une jeune fille, je me sentais moins que rien".

"C'était impossible de ne pas voir"

Sous-alimentée, elle passait des journées entières enfermée dans sa chambre. Sa seule sortie, c'était l'école. "J'étais très maigre, très mal habillée, j'avais un problème d'hygiène aussi. Je portais les stigmates des coups, des marques… c'était impossible de ne pas voir". Et pourtant personne n'a parlé. "Dans mon carnet de santé, c'était marqué en rouge: 'maigre, à cause d'un manque d'alimentation'. Et pourtant il n'y a pas eu de suite".

Leïla raconte avoir croisé des anciens voisins des années plus tard. "Ils m'ont dit: 'on se doutait, on le voyait, tu n'étais pas comme tes sœurs'. Mais, eux non plus n'avaient rien dit à l'époque. "C'est grave, ils sont complices".

"Si les professionnels étaient bien formés, ils détecteraient les signaux"

Françoise Auchard, ancienne médecin au CHU de Lille, spécialiste de la maltraitance infantile, s'en prend elle, aux professionnels. "Quand on est maltraité, on émet des signaux que les professionnels, s'ils étaient bien formés, pourraient détecter. Quand on pense aux écoles, ils sont au contact des enfants en permanence et on ne les y forme pas. C'est un sujet qui est douloureux, qui fait mal à tout le monde et qu'on n'a pas envie de voir. Donc par moment on l'occulte un peu".

Face à ce constat alarmant, l'Enfant Bleu annonce la création d’un site mobile qui permettra, via un système de géolocalisation, d’identifier l’ensemble des interlocuteurs de proximité compétents pour intervenir en cas de maltraitance. Un projet lancé dans le cadre d’une campagne de financement participatif "#AlerterPourSauver".

P. G. avec Thomas Chupin