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Fatigué des discours déclinistes sur l'école, il fait un tour de France des établissements qui innovent

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Lassé des rengaines sur le déclin de l'école, le journaliste Emmanuel Vaillant s'est livré à un tour de France d'une trentaine d'innovations scolaires. De cette enquête de deux ans, il tire un livre, Bonnes nouvelles de l'école, aux éditions JC Lattès. Il y brosse un tableau loin du catastrophisme ambiant et qui regorge de pistes pour que l'école surmonte ses difficultés. Il témoigne pour RMC.fr

Emmanuel Vaillant, journaliste, est spécialisé dans les questions d'éducation et d'orientation. 

"Fatigué des discours déclinistes sur l'école je me suis lancé dans cette enquête pour voir comment l'école se transformait. Avec un parti pris. Aller voir non pas les écoles "pas comme les autres", mais les écoles ordinaires de l'Education nationale.

Des écoles primaires aussi bien que des collèges et lycées, dans des milieux ruraux, urbains, périurbains, et qui ont en commun de ne choisir ni leurs élèves, ni leurs enseignants, et d'être dans le cadre rigide de l'éducation avec des programmes, des horaires. Un cadre a priori contraint, mais à l'intérieur duquel ils ont pu imaginer, inventer, expérimenter avec leurs élèves.

"L'école ne peut pas tout toute seule"

Je m'intéressais à la question des méthodes et du rythme de travail, aux manières de repenser les espaces scolaires et les alliances avec des acteurs éducatifs. L'école ne peut pas tout toute seule. Parents, associations, voire entreprises, peuvent être très bénéfiques pour les élèves.

Face au discours de l'école qui va mal, je ne dis pas que l'école va bien. Je ne nie pas les difficultés que rencontre le système éducatif, notamment qu'il ne parvient pas à faire acquérir les connaissances de base à 20% des élèves à la sortie du primaire. Ce qui m'intéresse, c'est de voir comment l'école peut aller mieux.

"Comment stimuler leur appétence pour le savoir?"

Dans cette tournée, j'ai vu des enseignants se reposer la question de ce que c'est que faire apprendre. Car il ne suffit pas de diffuser des savoirs et les faire ingurgiter. Il faut prendre en compte l'hétérogénéité des élèves, qui n'ont pas tous spontanément l'envie d'apprendre. Et se demander comment susciter leur envie. 

"Certaines classes et écoles s'organisent pour adapter leurs cours à différents rythmes. Il y a cette école élémentaire près de Nantes qui fonctionne par cycle de trois ans. Plutôt que de s'arc-bouter sur le fait que chaque élève ait acquis telle ou telle notion à la fin du CP, ils leur donnent jusqu'à la fin du cycle entier. De même, il y a des classes mutuelles où certains élèves travaillent sur la géométrie, d'autres sur l'algèbre, et s'entraide d'un groupe de niveau à l'autre."

Dans un lycée en Bourgogne, un professeur ne comprenait pas pourquoi ses terminales payaient des "fiches bac" à la fin de l'année, alors qu'il leur faisait court gratuitement. Il a revu son cours, s'est mis à la classe inversée. Pour stimuler leur appétence, leur donner envie de rentrer dans une matière, il se sert des outils, des médias, des vidéos qui accrochent leur attention. C'est une fois qu'il a ouvert leur appétence qu'il va pouvoir construire son cours.

"Face au révisionnisme, faire participer les élèves à la démonstration"

Tout cela n'efface pas mais modifie la figure du professeur. En 2017, il y a une accessibilité du savoir, qui fait le l'enseignant n'a plus le monopole légitime des savoirs. Mais il reste la référence pour trier, questionner, remettre de l'intelligence dans ces savoirs.

Dans un collège de Bénévent L'Abbaye, dans la Creuse, une professeure de physique travaille sur l'expérimentation scientifique. Dans sa démarche, elle ne sert pas qu'à illustrer un sujet, mais à montrer que le savoir n'est pas seulement une croyance, mais qu'il se démontre.

"Cela fonctionne aussi pour l'histoire. J'ai vu un prof d'école élémentaire qui a fait un jeu autour de Napoléon. Elle les a fait faire une enquête sur un chemin balisé, avec des images d'archives, des documents, pour les faire déceler le vrai du faux. En somme, il a mis les élèves en situation de chercheurs en histoire, en les faisant participer à la démonstration. On pourrait faire la même chose avec le révisionnisme et la Shoah."

"Certains professeurs ont peur de s'ennuyer"

Les professeurs ont plusieurs motivations. Certains avouent qu'ils ont peur de s'ennuyer. Ce métier peut être hyper ennuyeux si vous refaites chaque année le même programme pendant 25 ans…

Beaucoup sont face à des élèves en difficulté. Un projet pharaonique a été mis en oeuvre à l'école du blé en Herbe à Trebedan. Il y a 15 ans, trois enseignantes arrivent à la petite école du village, des préfabriqués qui prennent l'eau, le chauffage défaillant, des élèves en difficulté.. Elles décident d'ouvrir une connexion entre l'école et le reste du village. Les élèves apprennent l'histoire du coin, vont voir les fontaines, les cours d'eau, et se lient avec les "vieux". Ils ont fait revivre l'école en faisant appel à une designeuse, en ouvrant des espaces partagés avec les personnes âgées…

"Le changement viendra d'en bas, du terrain"

Tous ces dispositifs demandent un incroyable travail en amont. Et ces manières de faire, si elles peuvent servir d'inspiration, ne sont pas toutes reproductible par un simple copié-collé. Il faut que chaque enseignant se questionne sur la problématique propre à son école.

"Je suis convaincu que le changement viendra d'en bas, du terrain, mais il faut que l'Education nationale prenne conscience qu'il faut accompagner ces initiatives. Il y a encore des inspecteurs qui disent que les pratiques de bien-être à l'école ne font pas partie des programmes."

A mon sens, il faut laisser une latitude aux enseignants dans leurs innovations, les accompagner au mieux dans leur formation, et qu'ils aient plus de temps pour travailler ensemble.

Je ne suis pas dans un optimisme feel good. Mais au lieu de se cantonner à dire que l'école va mal, il est de temps de voir comment l'école peut aller mieux."

Propos recueillis par Paul Conge