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Ils ont redoublé et ils sont ravis: "Sans ça, je n'aurais pas fait la carrière que j'ai pu faire"

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L'Education nationale envisage de réintroduire le redoublement à l'école. Faire redoubler un élève était devenu extrêmement rare sous le quinquennat précédent. La mesure proposée par Jean-Michel Blanquer pourrait entrer en vigueur dès 2018. Et pour certains, le redoublement a été une chance. Il raconte à RMC.fr.

Damien, 43 ans, chef d'entreprise dans le Rhône, a redoublé sa 3e.

"Le retour du redoublement, c'est plutôt une bonne idée. Moi, ça m'a été très bénéfique. Ça m'a fait découvrir d'autres personnes qui m'ont poussé à prendre conscience qu'il fallait bosser, alors qu'avant j'en avais un peu rien à faire. L'année suivante j'étais dans la compétition et j'ai terminé dans le 1er tiers de la classe. On ne redouble jamais avec plaisir: on a une bande de potes, et on la perd. Mais j'ai retrouvé d'autres personnes. On était trois ou quatre redoublants dans la classe, et c'était plutôt des gens positifs. Mes parents ont été intelligents. Ils ne m'ont pas mis au ban. Ce sont les parents qui élèvent et qui éduquent, pas l'école. Ça, c'est hyper important. Interdire le redoublement, c'est du nivellement par le bas. Sans ça, je ne pense pas que j'aurais fait la carrière que j'ai pu faire, je n'aurais pas fait de prépa-HEC.

"Certains parents ont honte d'avoir un redoublant"

Si ma fille redouble, je lui dirais que c'est génial. Parce que l'école c'est génial. En disant ça aux enfants, on change leur comportement. Moi, les profs m'ont pris comme quelqu'un qui devait être un leader dans l'apprentissage parce que je savais déjà ce qui allait se passer. On nous prenait en exemple, on ne nous pointait pas du doigt. Ça nous valorisait, ça nous mettait en avant. Le problème ce n'est pas le redoublement, ce sont les parents. Il faut qu'ils accompagnent. Certains ont honte d'avoir un redoublant."

David, 40 ans, chauffeur routier dans le Gers.

"J'ai redoublé trois fois: le CP, le CM1 et le Bepa (brevet d'études professionnelles agricoles). Le retour du redoublement, c'est une bonne idée. Quand on loupe une année, c'est bien de se remettre en question si on vous aide ensuite. C'est bien aussi de pouvoir entrer au collège en ayant certaines bases. Moi ça m'a servi. Ça m'a aidé à rebondir. Redoubler ce n'est pas simple à gérer. Mais s'il y a l'accompagnement derrière, on peut avancer. Moi j'ai terminé l'école à 21 ans. Il n'y a aucune honte à terminer l'école à cet âge-là plutôt qu'à 18 ans. Si ensuite on gagne bien sa vie, c'est quoi le problème? J'ai un enfant, je regrette de ne pas avoir pu le faire redoubler. S'il avait pu le faire, il aurait pu reprendre les bases. Aujourd'hui il est en Segpa, dans une voie de garage, on n'en serait peut-être pas là. J'aurais aimé, comme moi, qu'on prenne le temps de lui inculquer des choses en redoublant. C'est regrettable".

David, 45 ans, infirmier en Seine-et-Marne.

"Moi j'ai redoublé ma seconde. Ça m'a été plus qu'utile: sans le redoublement, je ne sais pas ce que je serais devenu. J'ai commencé à avoir des problèmes au collège. J'ai très vite lâché prise, parce que j'étais dans une classe avec des petits bourgeois où je ne me sentais pas bien. Cette classe-là, je l'ai suivi jusqu'à ma première seconde. J'étais un bon cancre du fond de la classe. J'aurais dû redoubler ma 4e, et mes parents ont refusé. Chaque année, on me disait que j'allais me gameller. Arrivé en seconde, j'ai passé une année entière à ne rien faire du tout, quasiment une année sabbatique.

"Je me suis métamorphosé"

En redoublant, je me suis retrouvé dans une classe où je me suis métamorphosé. J'ai bossé comme un fou, parce que j'étais avec des élèves et des profs avec qui je me suis super bien entendu. Et j'ai fini par avoir mon bac. Le redoublement, c'est utile au coup par coup. On ne doit pas le systématiser. Pour d'autres ça n'aurait peut-être pas marché. J'ai quatre enfants aujourd'hui. J'ai une fille qui a quelques difficultés, et personne ne m'a proposé le redoublement. Je ne sais pas si elle serait assez mûre pour comprendre que ça pourrait être bon pour elle. On perd ses copains, c'est une sanction… Redoubler pour redoubler, ça ne sert à rien. Il faut mettre en place un accompagnement."

Propos recueillis par Antoine Maes