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L'écriture inclusive est contre-productive pour l'apprentissage et la compréhension du français

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L'écriture inclusive, qui se propose d'assurer une égalité de représentation entre les femmes et les hommes dans la langue française, est au cœur d'une polémique depuis la parution d'un manuel scolaire l'utilisant. RMC.fr a recueilli le sentiment de Jean-Pierre Colignon, ancien chef du service correction au Monde et auteur de plusieurs ouvrages sur la langue française.

Jean-Pierre Colignon a été chef du service correction au Monde pendant 20 ans. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la langue française, dont Français, premiers secours (éd. Ellipses, décembre 2015) et L’Encyclopédie des petits trucs du professeur Colignon – 500 astuces efficaces pour ne plus faire de fautes (éd. de l’Opportun, mars 2016).

"Sans être méprisant, cela fait partie des effets de mode qui arrivent de temps à autre. Cette écriture inclusive, la première fois que je l'ai vue de façon récurrente, c'était dans les communiqués de la France insoumise, qui écrivait systématiquement 'insoumis.es'. Cela fait suite à une action de féministes contre ce qui leur paraît être un langage inégalitaire. Donc cette écriture en quelque sorte non sexuée, viendrait remplacer les termes où le masculin l'emporterait à chaque fois sur le féminin.

Je ne suis pas forcément opposé à cette démarche, mais c'est exagéré de dire que le masculin l'emporte sur le féminin dans la langue française. Dire que la langue française serait sexiste est abusif. Peut-être est-elle sexuée, mais pas sexiste.

"Dire que la langue française serait sexiste est abusif"

Bon, ce n'est pas la démarche de l'ensemble des femmes, au sein desquelles il n'y a pas unanimité loin de là pour réclamer cette écriture inclusive. Je me souviens qu'au journal Le Monde, on m'a transmis autant de femmes députés qui exigeait de la part du quotidien qu'il écrive 'député', que d'autres qui souhaitaient que l'on écrive 'députée'.

Cette écriture inclusive est contre-productive d'un strict point de vue de l'apprentissage de la compréhension de la langue française. Traditionnellement quand on veut indiquer le féminin sans répéter les mots, on écrit le (e) ou (es) comme cela. Par exemple on écrit: 'les italien(ne)s'. Jamais il ne me serait venu à l'esprit de mettre des points nouvellement inventés, à hauteur de traits d'union pour y insérer des 'e' (ce qui donnerait italien.ne.s). Cela rend incompréhensible un texte quand cela est utilisé trop souvent. Imaginez si vous voulez écrire 'chers amis': on va avoir 'cher.ère.s'. Ce n'est vraiment pas lisible! Cette idée vient d'enseignants ou de gens qui n'ont jamais été des écrivains ou des journalistes, ni des linguistes professionnels qui tous, mettent des parenthèses.

"Les Français ont un attachement viscéral à leur langue"

Pourquoi une telle passion quand on touche au français? Pourquoi cela fait un tel tollé alors qu'en Espagne, en Italie ou en Allemagne il n'y a pas ce genre de confrontations? Cela tient à l'identité française, parce que les Français sont attachés au vocabulaire, à la littérature, donc à l'orthographe. Il n'y a pas d'explication concrète. C'est un attachement viscéral des Français à leur langue et à leur orthographe."

Propos recueillis par Philippe Gril