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Syndiquée, une puéricultrice condamnée pour maltraitances sur enfants peut continuer à exercer

Une puéricultrice condamnée au début du mois pour maltraitance sur enfants dans une crèche de Belleville, dans le Rhône, ne peut pas être licenciée en raison de son statut de défenseure syndicale. La directrice de la crèche et les parents redoutent maintenant de la voir revenir dans l'établissement. RMC a recueilli leurs craintes et leur désespoir devant une telle situation.

Condamnée au début du mois à 3 mois de prison avec sursis pour maltraitance sur des enfants, une puéricultrice ne peut pourtant pas être licenciée par la crèche qui l'emploie. Elle peut même revenir y travailler. Cette puéricultrice de la crèche La Farandole, à Belleville, dans le Rhône, a été condamnée notamment pour des insultes répétées sur des enfants ("tu es moche, je ne t'aime pas et je ne t'ai jamais aimé", "sale race", "tête de con, tu pues la merde"…), des privations de repas pour ceux qui étaient les plus lents à manger, ou encore l'isolement de certains d'entre eux dans le noir... Et même des comportements agressifs avec les petits ("est-ce que j'ai le droit de lui éclater la tronche?", "je peux lui en coller une?"…)

Syndiquée trois jours avant sa condamnation

Malgré ces faits graves, son licenciement est pour l'instant impossible car cette salariée a été nommée défenseure syndical et bénéficie donc d'un statut de salarié protégé. Sylvaine Tisseyre, la directrice de la crèche La Farandole ne sait plus quoi faire. "Elle a réussi à être sur une liste de défenseure syndicale, elle a donc à nouveau un statut de salariée protégée, je ne peux donc pas la licencier sans l'avis de l'inspection du travail". Ce n'est que trois jours avant sa condamnation que cette auxiliaire de petite enfance, auparavant déléguée syndicale de la crèche, a été officiellement nommée défenseur syndical, à la demande de la CGT.

"Je ne veux pas qu'elle reprenne, ici ou ailleurs"

L'inspection du travail doit se pencher sur ce cas cette semaine et pourrait autoriser cette puéricultrice à reprendre le travail, comme si de rien n'était. Une situation qui inquiète particulièrement les parents qui craignent de la voir revenir travailler dans l'établissement. "Si c'est le cas, je ne pourrai pas laisser ma fille avec cette personne, anticipe Fatma. Je ne veux pas qu'elle reprenne, ici ou dans un autre lieu". "C'est incompréhensible, enrage Mélodie, une autre maman qui a dénoncé la puéricultrice à la justice avec d'autres parents. Cela a été très compliqué pour nous de la dénoncer, et de vivre une procédure difficile pendant plus d'un an. Et aujourd'hui, on a l'impression d'avoir fait tout ce travail pour rien".

"Un acharnement syndical à défendre cette personne"

De son côté, la CGT dément toute volonté de protéger cette salariée, assurant qu'elle avait "proposée" en tant que défenseur syndical en décembre dernier, soit 6 mois avant sa condamnation. Mais Eliane Bonnet, la présidente du centre social qui gère la crèche de Belleville, n'est pas convaincue. "Ce n'est pas parce qu'on est défenseur syndical que l'on doit défendre ce qui est indéfendable. Il y a des faits précis, on ne peut nier l'évidence. Il y a un acharnement syndical à défendre cette personne". La direction régionale du travail indique pour sa part ne pas avoir été informée de cette procédure judiciaire pour maltraitance".

Mise à jour 15h30: Selon les avocats des différentes parties, une partie de la condamnation de l'auxiliaire de petite enfance a été "oubliée" à l'énoncé du jugement par la juge du tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône, le 10 mars dernier. La puéricultrice e a également été condamnée à 5 ans d'interdiction d'exercer un métier en lien avec des enfants. Un jugement rectificatif doit être publié ce lundi par le tribunal correctionnel de Villefranche-sur-Saône.

P. Gril avec Gwenaël Windrestin