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Intrusion à la Pitié-Salpêtrière: "Personne n'a voulu casser, on a juste voulu se réfugier", témoigne l'un des manifestants

Le scénario avancé par Christophe Castaner d'un acte de dizaines d'individus ciblant l'hôpital pour "casser" semble s'éloigner depuis ce jeudi, notamment avec l'apparition de plusieurs vidéos publiées sur les réseaux sociaux. Les investigations, se poursuivent.

Des étudiants, des "gilets jaunes", un couple de soixantenaires, tous manifestants présents dans l'enceinte extérieure de l'hôpital, mais a priori pas responsables de l'intrusion à la Pitié-Salpêtrière.

Aucun élément n'a permis d'engager des poursuites contre les 32 personnes interrogées par les policiers, pendant un peu plus de 24 heures, avant que le procureur de la République de Paris ne décide de toutes les relâcher.

L'enquête se poursuit donc pour trouver les responsables et déterminer les raisons de cette intrusion. Intrusion qui s'est faite en deux temps: d'abord cette grille forcée par des manifestants. Puis dans un second temps, on le voit sur une vidéo tournée par un membre du personnel de l'hôpital, une charge policière à laquelle tentent d'échapper des dizaines de personnes.

"C’était difficile, ils ont joué avec nos nerfs"

Certaines montent sur la passerelle qui mène au service de réanimation, les médecins bloquent la porte, qui était ouverte, pour les empêcher d'entrer. Enfin, la police les évacue dans le calme. Certains faisaient partie des gardés à vue ce jeudi.

C’est le cas de Pedro, l’un des manifestant qui se trouvait devant l’hôpital pendant le 1er-Mai. Les yeux fatigués, l’air déboussolé, l’étudiant de 22 ans sort de 30 heures de garde à vue: "C’était difficile, ils ont joué avec nos nerfs. Je suis venu pour la manifestation du 1er-Mai, c’était ma première manif".

"Il y avait des personnes âgées qui essayaient de fuir les gaz lacrymogènes"

Il était dans l’enceinte de la Pitié-Salpêtrière le 1er-Mai pas pour casser, mais pour se protéger.

"Ils ont commencé à gazer donc on est tous rentrés. Ils ont commencé à matraquer tout le monde donc nous, avec la peur, on est montés dans les escaliers et les escaliers menaient au service de réanimation. Il y avait des personnes âgées qui essayaient de fuir les gaz lacrymogènes, de fuir la violence. Moi je fuyais la bagarre, je ne voulais pas me bagarrer, je suis pacifiste. On est tous montés par les escaliers, on a demandé à ouvrir la porte, ils ont refusé car c’était la réanimation, et ça s’est arrêté là".

Les gardés à vue sortent les uns après les autres: un couple de 50 ans bien habillés, ou encore une vieille dame. Tous assurent avoir voulu se protéger en se réfugiant dans l’hôpital.

"C'est une très très grosse injustice"

Le plus dur pour Pedro, c'est d'apprendre en sortant que le ministre de l'Intérieur l'a accusé d'être un casseur: "Personne n’a voulu casser, on a juste voulu se réfugier. C’est vraiment dégueulasse, c’est une très très grosse injustice".

Sur le trottoir, Pedro et les autres gardés à vue se sont échangés leurs contacts. Ils envisagent de porter plainte collectivement

Romain Poisot et Gwladys Laffitte (avec Caroline Petit)