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La Shtar Academy, le rap en guise de vecteur de réinsertion pour le deuxième album du projet

Mouloud Mansouri, fondateur de “Shtar Academy”, et Doria, une rappeuse de Nanterre ayant participé au projet musical, étaient invités au micro de la Matinale Week-End de RMC pour présenter le deuxième opus du groupe sorti le 7 octobre.

La Shtar Academy, saison 2. Ici, aucun rapport avec la célèbre émission de TF1, outre la consonance entre les deux noms. La Shtar Academy, fondée par Mouloud Mansouri, est un projet monté depuis 2012 par cet ancien détenu aux multiples casquettes. Avec son association Fu-Jo, il a eu l’idée de concevoir ce “groupe au “shtar”, qui est l'argot du mot prison”.

Au micro de Matthieu Rouault dans la Matinale Week-End, Mouloud Mansouri explique comment le deuxième opus a été créé au sein de la prison de Fresnes.

“On a fait un casting avec une cinquantaine de détenus. On en garde ensuite dix d’entre eux, (...) et au fur et à mesure le groupe se réduit avec le concentré de ce qu’il y a de meilleur dans le groupe. Et là on commence à faire le projet d’album avec quatre détenus de la prison de Fresnes”, décrit Mouloud Mansouri.

Sur l’album, qui compte 21 titres, figurent des invités de marque dans les featurings avec ces détenus de Fresnes : Fianso, Heuss l’Enfoiré, Rim'K, entre autres… et donc Doria.

Jeune pappeuse originaire de Nanterre, elle explique avoir trouvé “ça très intéressant pour une femme d’aller dans ce milieu carcéral et en plus de ça masculin, que je ne connaissais pas. J’ai trouvé que c’était un vrai partage d’expérience, c’était très fort et sur le coup j’ai été très touchée. J’avais des appréhensions mais j’ai été super bien reçue, ça s’est super bien passé”.

Malgré Kohlantess, Fresnes “toujours aussi dur”

Entre le premier album du projet, sorti en 2014, et le deuxième, récemment rendu public, la polémique Kohlantess est passée par là. Et pour ce nouvel opus de la “Shtar Ac”, l’administration pénitentiaire ainsi que le ministère de la Justice étaient bien au courant de l’organisation de ce projet.

D’ailleurs, Mouloud Mansouri explique que “personne ne peut ignorer un tel projet. Dès qu’il y a des caméras, c’est scruté de très près, que ce soit Kohlantess ou la Shtar Academy”. Les textes et les clips ont même été discutés lors de multiples réunions avec la direction de la prison de Fresnes, avance le fondateur du projet.

“Je ne pense pas que sur un projet comme ça on puisse nous attaquer. Ca fait deux ans qu’on est là-bas sur ce projet, ça fait 15 ans que j’interviens dans les prisons, donc de toute façon les politiques se casseraient la figure devant moi à vouloir m'attaquer sur ce projet”

Précisément sur cette polémique “Kohlantess”, Mouloud Mansouri évoque son incompréhension face au tollé provoqué par les vidéos montrant les détenus de Fresnes participer à des épreuves sportives, notamment une course en karting, au cœur de l’enceinte carcérale.

“Pourquoi je comprendrais? C’est comme ça, il existe des activités culturelles, sportives, éducatives et récréatives dans les prisons depuis de nombreuses années, depuis le moment où on s’est dit qu’il faudrait peut-être faire entrer un peu d'humanité dans les prisons. Et ça, c’est obligatoire”

Ramener l’humain au centre des mœurs, là est bien l’idée de cette “Shtar Academy”. Au-delà de participer au processus de réinsertion des détenus, c’est aussi une sorte de coup de projecteur bienveillant et compassionnel sur les conditions difficiles de l’incarcération.

"Pour le tournage des clips, on allait dans les cellules. Et quand tu revois les cellules, que tu te dis que les mecs sont à trois là-dedans, ce ne sont pas des conditions humaines. Et pourtant t’es obligé de survivre à ça”, raconte Mouloud Mansouri.

Car pour cet ancien détenu à la réinsertion réussie, il est difficile d’entendre les qualificatifs employés par certaines personnes sur les prisons françaises. “Cela me fait mal d’entendre à droite ou à gauche que les prisons sont des Clubs Med, que c’est la fête, alors que c’est l’un des endroits les plus durs que l’on puisse connaître”, poursuit Mouloud Mansouri.

Un constat que partage la rappeuse Doria, qui avoue même avoir eu le cœur brisé le soir en rentrant chez elle après une journée passée à la prison de Fresnes. Mais “il faut voir la chose dans l’autre sens et se dire que c’est déjà un grand évènement d’avoir pu faire un projet en prison comme celui-ci”.

Une mini-série de cinq épisodes est disponible sur FranceTV Slash retrçant les coulisses de la création du deuxième opus de la Shtar Academy.

Alexis Lalemant avec Matthieu Rouault