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Les bateaux de réfugiés ne peuvent pas retourner en Afrique, les explications de SOS Méditerranée

Invité de RMC, ce samedi, Xavier Lauth, directeur des opérations de SOS Méditerranée a expliqué en quoi un "retour en Afrique" des migrants présents sur l'Ocean Viking n'était pas possible dans le droit international et appelle à un mécanisme européen pour la prise en charge

Au-delà de la polémique, une question concrète. La semaine a été marquée par l'incident raciste à l'Assemblée nationale. Le député LFI Carlos Martens Bilongo évoquait la question des migrants présents sur des bateaux de SOS Méditerranée lors d'une question au gouvernement, quand le député RN Grégoire de Fournas a crié "qu'il retourne en Afrique", selon le compte-rendu officiel de l'Assemblée nationale. Le député qui avait la parole et une grande partie de l'hémicycle ont estimé que cette parole visait la personne qui avait la parole au micro. Le RN et le député qui a provoqué l'incident, exclu 15 jours de l'Assemblée, assure qu'il a "juste" réclamé que le bateau de secours renvoie vers l’Afrique les migrants à qui il a porté secours.

La réalité reste que 13 jours après leur sauvetage en pleine mer, 243 personnes sont à bord de l'Ocean Viking, le bateau de l'ONG SOS Méditerranée. "Il y a 234 personnes à bord: un bébé de trois mois, 52 mineurs, qui viennent de passer une nuit assez terrible, avec des vents extrêmement forts. Ils ont pris de la pluie, de la houle, ils ont froid. Il y a beaucoup de gens malades sur le bateau après cette nuit très dure et 13 jours d'attente et une extrême fatigue", explique Xavier Lauth, directeur des opérations de SOS Méditerranée, qui constate que "les provisions commencent à manquer" à bord.

La notion de "port sûr"

Le bateau a sollicité d'abord la Libye et Malte, conformément au droit international, puis l'Italie, avant d'enfin demander de l'aide à la France, l'Espagne et la Grèce. Toutes ces demandes sont restées sans réponse pour le moment. "Le droit international", c'est aussi ce qui fait que la proposition de Grégoire de Fournas est impossible selon Xavier Lauth, directeur des opérations de SOS Méditerranée, qui répondait aux questions de Matthieu Rouault ce samedi sur RMC:

"La notion de lieu sûr est une notion clairement définie dans le droit. Il y a plusieurs ports sûrs en Afrique, mais quand nous effectuons ces sauvetages, nous les effectuons dans la zone de la Libye ou de Malte. C'est dans ce cadre que nous demandons aux autorités compétentes de nous attribuer un port sûr. Or, à l'heure actuelle: la Libye ne peut offrir un port sûr. Et de toutes façons, nous n'avons pas de réponse quand nous effectuons nos demandes au centre de coordination de sauvetage en mer de Tripoli."

L'appel pour un mécanisme européen

Ainsi, pour Xavier Lauth, il est impossible pour l'Ocean Viking de débarquer en Afrique ses passagers. Celui qui constate que "les choses ont changé" en Italie avec l'arrivée au pouvoir de Giorgia Meloni demande une coopération européenne pour enfin traiter avec efficacité la question des migrants:

"Nous appelons à ce que tous les partenaires européens dessinent ensemble un mécanisme de débarquement des rescapés à bord et anticipent les sauvetages."

"Il faut qu'on pense en amont pour qu'on ne se retrouve pas à chaque fois dans cette situation où un sauvetage entraîne des discussions et des rediscussions", estime Xavier Lauth. Pour lui, "un mécanisme pourrait permettre de soulager des États côtiers, particulièrement touchés par cette situation, et de réaliser des débarquements en sécurité, ce que nous n'avons pas à l'heure actuelle."

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