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Migrants à Grande-Synthe: "Sans réponse de la part de M. Collomb, je vais reconstruire un camp d'accueil"

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- - PHILIPPE HUGUEN / AFP

Alors que près de 250 migrants errent actuellement dans sa ville, Damien Carême, le maire EELV de Grande-Synthe (Nord) interpelle l'Etat sur le manque de moyens mis à sa disposition pour les accueillir dignement. Alors que le gouvernement fait la sourde oreille, l'élu assure que, si aucune décision n'est prise, il reconstruira un camp d'accueil, alors que l'ancien a été détruit par le feu en avril.

Damien Carême, maire EELV de Grande-Synthe (Nord).

"Aujourd'hui, il y a environ 250 migrants qui errent dans les jardins et parcs de la ville. Les associations leur donnent à manger et c'est tout. Ils sont dehors, dans des bois. Ils vont se laver dans le lac de la ville et errent à longueur de journée. La situation n'est donc absolument pas satisfaisante sur le plan de l'accueil, sur le plan humanitaire. Ils sont dans une zone naturelle, une zone de loisirs que la population va, avec les beaux jours qui arrivent, rapidement investir. Cela ne va pas créer de problème car il n'y en a jamais eu avec la population mais il peut y avoir une forme de méfiance de la part des habitants à venir dans cette zone si elle est envahie par les migrants.

"On ne peut plus gérer les migrants"

Jusqu'au 10 avril nous avions un camp pour les accueillir mais celui-ci a entièrement brûlé. Depuis, je ne l'ai pas reconstitué car la situation ne s'y prêtait pas. Cela ne se justifiait pas puisque, au départ, ils n'étaient pas nombreux, à peine une vingtaine, puis une cinquantaine. On avait donc décidé d'accueillir des familles dans une structure en dur pour les recaser en suite en Centre d'accueil et d'orientation (CAO). D'autres sont arrivées, on a fait de même. Mais, au final, de plus en plus de migrants sont arrivés. On ne peut plus les gérer.

On les place et il en revient sans cesse. Le problème c'est que, désormais, en raison de leur nombre, ils vivent dans des conditions que je ne peux pas accepter. Comme je ne les acceptais d'ailleurs pas avant de faire le camp (à l'hiver 2015, NDLR). C'est pour cela que je souhaitais rencontrer le ministre de l'Intérieur. Le soir même de sa nomination, j'ai demandé un rendez-vous. On ne m'a répondu que mardi en me proposant pour seul rendez-vous un entretien téléphonique. Ce que je n'ai pas accepté compte tenu de la situation particulière.

"J'attends qu'une vraie politique se mette en place"

Comme j'ai été reçu par Bernard Cazeneuve, par Bruno Le Roux le peu de temps qu'il est resté, et par Matthias Fekl, je pense en effet que la situation nécessite un entretien en tête-à-tête. C'est un problème sérieux qui se retrouve aussi à Calais, à Angres, à Norrent-Fontes, sur tous ces territoires situés non loin de l'Angleterre. J'attends donc qu'une vraie politique se mette en place. Cela peut par exemple prendre la forme de centres d'une cinquantaine de personnes environ, dans lesquels les migrants resteraient le temps qu'on puisse leur trouver des places en centre d'accueil d'orientation.

Les élus ont des obligations légales. Moi, je ne laisse pas des enfants dormir dans la rue. Il y a des lois, des codes de santé publique à respecter. Chacun doit avoir accès à l'eau, à l'assainissement, à des conditions d'hygiène minimum… Je veux que ça soit pris en compte, que l'on trouve des solutions. J'entends des déclarations telles que 'On ne va pas laisser se reconstituer un camp'. Mais qu'est-ce que cela veut dire? Cela veut dire que l'on va mettre des forces de l'ordre 24h/24, 7j/7, 365 jours par an? C'est impossible d'en arriver là! On le voit bien sur le terrain depuis deux ans. C'est même complètement inutile! Il faut donc trouver autre chose, une autre solution.

"Il y a urgence car c'est à partir de maintenant qu'affluent les migrants"

J'ai entendu les propos de M. Collomb disant que la politique migratoire était une de ses priorités mais quand je l'interpelle à ce sujet, je n'ai pas de rendez-vous. Je juge aux actes et pour l'instant il n'y en a pas. Sans réponse de la part du ministre, je vais faire comme en 2015 et me débrouiller tout seul: constituer un nouveau lieu d'accueil. Ce n'est pas de ma responsabilité et de ma compétence mais la santé publique, le Code de la famille et autres sont de ma compétence. En tant qu'élu local, je ne supporte pas les conditions inhumaines dans lesquelles vivent ces migrants. Et s'il faut continuer à se débrouiller nous-mêmes, on le fera.

Concrètement, s'il faut remettre en place un camp d'accueil, on le fera. Mais aujourd'hui je ne suis pas rassuré. Alors même qu'il y a urgence car c'est à partir de maintenant qu'affluent les migrants. On l'a vu en 2015, il y en avait 60 en juillet, 190 en août, 540 en septembre, 800 en octobre, 1.200 en novembre et 2.500 en décembre. Si on ne fait rien, on va se retrouver exactement dans la même situation. C'est pourquoi, je tire la sonnette d'alarme, j'en appelle à l'Etat parce que c'est de sa responsabilité et de sa compétence. J'attends donc qu'une politique nationale soit définie. Et très vite parce qu'il y a urgence. On est le pays des Droits de l'Homme. Mais il ne faut pas que l'on ne soit que ça, il faut que l'on soit le pays des Droits de l'Homme effectifs".

Propos recueillis par Maxime Ricard