RMC

Migrants de Calais: "Je peux imaginer un futur en Angleterre mais pas ici"

Devant le centre d'accueil Jules Ferry, les migrants font la queue pour dîner

Devant le centre d'accueil Jules Ferry, les migrants font la queue pour dîner - AFP

REPORTAGE - Ce lundi, Manuel Valls se rend à Calais pour montrer l'implication de la France dans la crise des migrants. Une journée marathon qui débute par une visite du centre Jules Ferry. Un accueil de jour pour tous les migrants de la new jungle mais aussi un centre d’hébergement pour les femmes et enfants migrants.

Après un discours plutôt généreux, à La Rochelle, sur l'accueil des migrants, Manuel Valls passe aux travaux pratiques lundi avec un déplacement à Calais, un des lieux emblématiques de cette crise. Une visite au programme très chargé: il devrait notamment rencontrer les responsables associatifs, les services de la sous-préfecture, la direction d’Eurotunnel ou encore les représentants des CRS. Une journée marathon qui va débuter par la visite du Centre Jules Ferry.

"Je veux aller là-bas"

Il s'agit d'un accueil de jour pour tous les migrants de la new jungle mais aussi un centre d’hébergement pour les femmes et enfants migrants. Un centre prévu pour 100 personnes mais qui en accueille en réalité 130 comme a pu le constater RMC. Et à l'intérieur beaucoup de femmes combatives comme Zahara. Cette Erythréenne de 31 ans a fui les persécutions de son pays pour tenter de rejoindre son mari, installé en Angleterre.

"J’ai tout essayé… Le train, les camions, les voitures… Tous les soirs…, assure-t-elle. Aujourd’hui je suis trop fatiguée, je n’en peux plus… Mais ce n’est pas chez moi ici… Je veux mon mari, je veux ma famille... Je veux aller là-bas, par tous les moyens je veux y aller". En attendant, elle dort ici, avec 130 autres femmes et enfants, dans des préfabriqués, isolés et protégés du reste de la jungle, où il y a des lits superposés, jusqu’à 16 dans une pièce, et quelques douches.

"C'est dur"

"Les allées et venues sont libres. Mais au bout d'une absence non justifiée de 24 heures, soit après un départ en Angleterre ou ailleurs, la place est attribuée à quelqu'un d'autre pour permettre à un maximum de personnes de bénéficier de cet hébergement", explique Karine Zarouali, responsable de la vie du centre. Et celle-ci d'ajouter: "C'est dur. Tous les jours, des femmes viennent me voir pour pleurer et me disent qu'elles se sentent en danger dans la jungle. Elles se sentent donc vraiment en sécurité et protégées ici". 

Le centre est aussi équipé d'une cuisine dans laquelle les femmes préparent quotidiennement des plats traditionnels pendant que les enfants jouent à l’extérieur. Des enfants qui, comme Maya, 14 ans, affichent un large sourire cachant en réalité un profond mal-être. "J’ai le cœur vide d’être ici, témoigne cette Soudanaise. Je peux imaginer un futur en Angleterre mais pas ici. Les études sont tellement bien là-bas. J’ai besoin d’étudier et de créer mon futur". A noter qu'au cours de sa visite, Manuel Valls devrait annoncer le financement de 50 places supplémentaires.

Amélie Rosique avec Maxime Ricard