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"On peut en mourir": pourquoi l'état des routes s'est grandement détérioré en France en huit ans

Les routes de France n'ont plus rien à voir avec ce qu'elles étaient. En huit ans, leur état s'est grandement dégradé et les nids de poule se multiplient.

C’est un constat fait par les motards. Comme chaque année, à l’occasion du week-end pascal, l’association "Les Motards en colère", a déposé des œufs de Pâques dans les nids de poules des routes de France. Cette fois, l’action se déroule en plein entre-deux-tours, une année où les programmes d’Emmanuel Macron et Marine Le Pen évoquent peu les mobilités et l’état des routes. Malgré un rapport alarmant de la cour des Comptes du mois de mars 2022.

"Les nids de poule peuvent abimer les voitures mais pour un motard, un cycliste ou un usager de trottinette, cela peut faire heurter une barrière et en mourir", déplore ce mardi dans "Les Grandes Gueules", sur RMC et RMC Story, Didier Renoux, le porte-parole des Motards en colère.

La décentralisation à l'origine de la dégradation?

Pour lui, il y a urgence à agir alors que la France est passée de la première à la 18e place mondiale en huit ans en matière d’état des routes, selon le World Economic Forum. La raison ? La décentralisation de la gestion des routes, assure Didier Renoux.

"Cette décentralisation n’a pas été gérée en terme de moyens humains et financiers. L’accompagnement des départements et des communes n’a pas été fait par l’Etat", explique-t-il, rappelant que sur 1,1 million de kilomètres de routes, l’Etat en gère 12.000, les sociétés privées 900. L'essentiel est géré par les départements (380.000 kilomètres) et les communes (700.000 kilomètres).

"C’est vers ces départements et communes que l’Etat s’est dessaisi de cette mission d’entretien des routes, sans en assurer la continuité avec des moyens humains et des financiers", explique Didier Renoux.

Quant aux communes qui souhaiteraient ne pas combler les nids de poule pour inciter à ralentir, c'est une aberration pour Didier Renoux. "Comment peut-on prétendre que créer du danger puisse mettre les gens en sécurité? C'est une aberration totale, c'est stupide ce genre de raisonnement. On l'a entendu chez un directeur de la sécurité routière qui heureusement n'est plus à son poste", tacle le porte-parole des Motards en colère.

"Ça marche avec des appels d’offres et l’Etat prend le moins cher à chaque fois"

La décentralisation et la baisse des dotations a impacté la qualité du travail. C'est ce que voit chaque jour Didier, un auditeur des "Grandes Gueules", responsable de l'entretien des routes dans les Yvelines. "Jusqu’en 2006 avec les DDE, les directions départementales de l’équipement, il y avait beaucoup de technique dans le métier. Puis il y a eu la décentralisation, avec aujourd’hui les DIR, les directions des routes, et ce n'est plus la même chose", assure-t-il à RMC.

"L’Etat a mis de côté la rénovation des routes. Les agents qui font le travail sont beaucoup moins nombreux et les budgets ont baissé. Ça marche avec des appels d’offres et l’Etat prend le moins cher à chaque fois", explique Didier.
G.D.