RMC

Recours contre Hanouna devant le CSA: "Ce serait peut-être bien de passer de l'avertissement à la sanction"

-

- - -

Quatre associations, dont la Fondation des Femmes, ont décidé de saisir le CSA mercredi au sujet de Touche pas à mon poste. Elles réclament une procédure de sanction contre Cyril Hanouna, qui selon les associations est un récidiviste des humiliations contre les femmes.

Valence Borgia, porte-parole de la Fondation des Femmes

"On constate que TPMP a déjà fait l’objet d’un certain nombre d’avertissements. Cette émission occupe les médias et les observateurs depuis un moment, et manifestement il y a des réitérations. Les particuliers peuvent saisir le CSA, ils l’ont fait à de nombreuses reprises, mais force est de constater que les comportements continuent.

C’est précisément parce qu’on considère qu’il y a une forme d’indulgence, qu’il y a une inquiétude par rapport à des comportements qui persistent que nous saisissons le CSA. Ce qui nous inquiète, c’est qu’il ne s'agit pas d'un acte isolé. Ce n’est pas un dérapage, une blague potache. Cela fait plusieurs fois. Ce qui est extrêmement inquiétant c’est cette banalisation.

"Ces comportements peuvent relever du droit pénal, ce n’est pas anodin"

On retrouve essentiellement deux types de comportements: des séquences. d'humiliation ou des violences faites à des individus, et des atteintes aux droits des femmes, la propagation d’une image dégradante des femmes par l’émission. Le dénominateur commun, ce sont des atteintes à la dignité de la personne. Ces comportements peuvent relever du droit pénal. Ce n’est pas anodin.

Certains diront que c’est de l’humour, mais cela tombe quand même sous le coup du code pénal! Faire toucher son sexe par quelqu’un sans son consentement, c’est une agression sexuelle. Après, on peut considérer que c’est drôle, mais encore une fois, c’est devant la réitération de ces comportements en dépit des avertissements que les associations s’inquiètent. Ça veut dire que Cyril Hanouna et ses équipes trouvent qu’il n’y a pas de problème, et d’ailleurs elles l’assument parfaitement.

"Il n’y a pas de contrition du tout, ça peut recommencer à tout instant"

La séquence en question n’est pas diffusée en direct. Cela signifie que sa diffusion relève d’un choix éditorial. On ne peut pas parler de dérapage. Et derrière, Cyril Hanouna et ses équipes viennent dire "les procureurs, les moralisateurs, ça va… ". Cela veut dire que tout ça est assumé, qu'il n'y a pas de remise en question, cela peut recommencer à tout instant.

Le CSA peut faire deux choses. D’abord adresser des mises en demeure, et c’est ce qu’il a fait dernièrement avec Cyril Hanouna. Mais quand elles ne sont pas suivies d’effet, il dispose d’un éventail de sanctions. Les associations veulent rappeler au CSA que ce serait peut-être bien de passer de l’avertissement à la sanction s’il l’estime approprié. Elles sont extrêmement lourdes: suspension du programme, sanction pécuniaire. Elle peut être extrêmement importante puisqu’elle peut atteindre 3% du chiffre d’affaires hors-taxes de la chaîne, soit près de trois millions d’euros pour C8. 

Si on n'aime pas, on ne regarde pas? À ce moment-là, on autorise n’importe quel agissement, par exemple des propos racistes ou antisémites et on dit "si ça ne vous plait pas, vous ne regardez pas'. On voit bien la limite du raisonnement. Peut-être que certains ne voient pas le problème, mais il y a une forme de responsabilité. Les programmes télévisés sont très prescripteurs de normes. On n’a pas du tout envie que dans les écoles ou les collèges, on puisse ensuite de manière anodine prétendre que faire toucher le sexe d’un camarade par surprise ou contrainte c’est très drôle".

Propos recueillis par Antoine Maes