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"Conscience professionnelle", "peur de prendre du retard"… ces Français qui renoncent à leur arrêt maladie

1 salarié du privé sur 5 renonce à un arrêt maladie prescrit par son médecin traitant, selon une étude Ifop publiée mercredi. Un "professionnalisme" qui n'est pas sans conséquence sur la santé, préviennent les médecins.

Près de 20% des salariés du secteur privé renoncent à un arrêt maladie prescrit par leur médecin traitant. C'est le résultat d'une étude réalisée en 2016 par l'Ifop et Malakoff Médéric (le leader en assurance santé et prévoyance), et publiée ce mercredi. Sur les 19% des arrêts de travail prescrits, 7% "ont été pris mais pas en totalité" et 12% "n'ont pas été pris".

Parmi ces salariés qui n'ont pas respecté leur arrêt maladie, 72% indiquent l'avoir directement refusé et 28% l'avoir accepté dans un premier temps avant d'aller tout de même travailler.

"Je ne veux pas accumuler trop de retard dans mon travail"

RMC a rencontré des salariés qui ont renoncé à leur arrêt maladie ou qui l'ont écourté, dans le quartier d'affaires de La Défense. Meriem d'abord. Cette commerciale consulte régulièrement son médecin pour des problèmes de sinusites chroniques. Elle le dit, quand elle est malade, "ça l'achève". Et pourtant elle ne respecte pas toujours l'arrêt de travail qui lui est prescrit. "Ça m'est déjà arrivée d'interrompre l'arrêt de travail et de revenir plus tôt au travail, par conscience professionnelle tout simplement".

Majid, ingénieur parisien, écourte lui aussi ses arrêts maladie pour ne pas rester trop longtemps éloigné de son bureau. "Question de responsabilité. Je n'ai pas envie de laisser mes responsabilités à l'abandon. Et puis c'est pour ne pas être obligé de devoir rattraper le retard pris. En général quand le médecin me propose un arrêt, ce n'est jamais le bon moment. Le réflexe c'est de dire que je n'en ai pas besoin."

"Le médecin a des raisons de vous arrêter"

Selon l'étude Ifop, les salariés qui ne prennent pas leur arrêt maladie avancent comme principales raisons le fait qu'il n'est pas dans leurs habitudes de se laisser aller (48%), la peur d'être surchargé de travail au retour (29%), de se sentir contraint par la hiérarchie (22%), ou encore l'impossibilité de déléguer sa tâche (20%).

Des comportements qui ne surprennent pas François Baumann. Ce médecin généraliste met pourtant ces salariés en garde. "Avec les médicaments qu'on a maintenant les gens vont mieux rapidement. Ça ne veut pas dire qu'ils sont aptes à reprendre. Quand un médecin juge que vous devez avoir un arrêt de travail. C'est qu'il a des raisons". Un message qui peine à être entendu. Seule la moitié des salariés qui ne respectent pas la durée de leur arrêt de travail sont conscients des risques sur leur santé à moyen ou long terme.

P. G. avec Benoît Ballet