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Contrôler le port du masque dans les transports en commun avec les caméras de vidéosurveillance: ce décret passé discrètement

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Les caméras installées dans les transports en commun peuvent désormais être utilisées pour évaluer le taux de port du masque dans les trains, les métros, les tramways, les bus...

C'est un décret très court, trois articles, publié en toute discrétion jeudi... qui pourrait bien poser une nouvelle fois la question des données personnelles et de la vidéosurveillance. 

Les caméras installées dans les transports en commun peuvent désormais être utilisées pour évaluer le taux de port du masque dans les trains, les métros, les tramways, les bus...

Objectif: faire des statistiques. Il doit ainsi permettre de déterminer combien de personnes portent le masque et adapter, orienter la communication et la sensibilisation autour de ce port du masque. Des images qui ne doivent pas être stockées, ni transmises à des tiers. Elles doivent aussi être anonymisées de manière instantanée... Pas question de pouvoir identifier des personnes en vue d'une verbalisation, par exemple.

Ce décret est valable une année et s'adresse aux transports en commun des zones où le port du masque est obligatoire. Ce décret indique que les caméras de vidéosurveillance déjà installées pourront être utilisées.

Tweet supprimé

Le ministre des Transports a, en plus, indiqué des caméras intelligentes pourraient être installées. Ce sont des caméras qui permettent simplement de faire un décompte des personnes portant le masque, sans identification individuelle indique le ministère. 

"Des caméras intelligentes peuvent désormais être installées dans les transports en commun. Elles permettent de compter les personnes portant le masque, sans identification individuelle", s'est réjoui dans un tweet le ministre délégué aux Transports, Jean-Baptiste Djebbari... avant de le supprimer.

Une expérimentation avait eu lieu en mai à Chatelet-les-Halles. La Cnil avait demandé son arrêt, en raison du risque de généraliser un sentiment de surveillance chez les citoyens.

"Les citoyens ne sont pas inquiets car on leur dit que c’est pour leur bien"

Invité de RMC, vendredi matin, l'avocat Arié Alimi alerte sur ce genre de pratique. Il répondait aux questions d'Apolline de Malherbe sur RMC.

"L’identification du visage permet à terme d’identifier n’importe qui, dénonce-t-il face à Apolline de Malherbe. L’idée est de mettre le pied dans la porte pour essayer de rassurer les gens sur cette technologie puis de l’étendre de manière généralisée. On utilise un processus rassurant dans un moment de peur et l’épidémie sert d’opportunité pour restreindre les libertés et l’anonymat. Les citoyens ne sont pas inquiets car on leur dit que c’est pour leur bien".

Et de conclure: "Surveiller l’intégralité de la population facilite la façon dont l’Etat peut [la] gouverner. On se sert de moments de peur et de sidération (…) des crises, pour restreindre considérablement nos libertés car nous avons peur et sommes en demande de sécurité". 

Arié Alimé craint qu'avec ce système, "les libertés deviendront l’exception au lieu d’être la règle".

Martin Bourdin