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Dans une maison de retraite, les aides-soignants entament leur 108e jour de grève

Manque d'effectifs, impossibilité de s'occuper correctement des personnes âgées, épuisement… Les aides-soignants d'une maison de retraite du Jura entament leur 108e jour de grève, ce mercredi, dans l'indifférence totale. RMC est allée à leur rencontre.

108 jours de grève… Dans le Jura, les aides-soignants d'une maison de retraite poursuivent leur grève "la plus longue de France", dans l'indifférence totale. Après trois mois de ce mouvement, le conflit s'enlise dans l'établissement privée des Opalines de Foucherans, où résident 77 personnes âgées. Les aides-soignants ont entamé leur mouvement le 3 avril pour demander des embauches afin de prendre en charge correctement les pensionnaires de l'Ephad (Etablissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes). Car le sous-effectif chronique et les cadences "infernales" les obligent à délaisser de plus en plus les pensionnaires.

"Si l'on veut faire un bon soin, il faut prendre entre 30 et 40 minutes, du lever à la toilette en passant par le petit-déjeuner. Là on est obligé de les faire en 15 minutes, voire moins parfois. Le problème de base c'est ça, c'est le manque de temps", explique Nicolas, un des grévistes.

"A peine un quart d'heure pour faire tous les soins"

Dans cette maison de retraite, un aide-soignant doit s'occuper en moyenne chaque jour de 8 résidents. Muriel l'a constatée: sa maman âgée de 90 ans n'a plus les mêmes soins, alors elle soutient les grévistes. "Au début, c'était super car on prenait soin d'elle pendant une heure. Mais ça fait longtemps que c'est terminé. Dorénavant, les toilettes sont vraiment vite faites, avec des douches une fois tous les je-ne-sais-combien. On est à fond avec les grévistes, on les soutient à 200%".

Selon la direction, deux soignants ont été recrutés en CDI et le planning modifié. Mais cela ne suffit pas aux grévistes qui parlent d'une question de dignité. Anne-Sophie Pelletier est leur porte-parole. "Si on balance des blisters de médicaments sur une table, oui, les résidents auront bien les effets du médicament. Mais la façon de donner les choses, la façon de faire les soins, de s'occuper des gens… cela ne peut pas être qu'une succession de gestes techniques, ça doit passer aussi par de l'humain et du dialogue". Le piquet de grève sera replanté jeudi, pour une 109e jour consécutif.

P. G. avec Gwenaël Windrestin