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"Des propos scandaleux": Martin Hirsch provoque un tollé sur la fin de la gratuité des soins pour les non-vaccinés

Le directeur général de l'AP-HP Martin Hirsch s'est interrogé sur le maintien de la gratuité des soins pour les non-vaccinés, alors qu'ils représentent bien plus de la majorité des patients en réanimation pour cause de Covid-19.

Le nombre d'hospitalisations en raison du Covid-19 continue d’augmenter. On recensait mercredi plus de 30.000 malades, hospitalisés pour une infection due au virus. Et parmi eux, un profil revient souvent, celui de patients non-vaccinés. Ils représentent 70% des cas à Paris et Bordeaux, et plus de 90% à Marseille et Nice selon les médecins. Des chiffres qui font s’interroger le patron de l’AP-HP, l’Assistance publique des hôpitaux de Paris, Martin Hirsch, sur la nécessité de facturer les soins à l’hôpital aux non-vaccinés.

"Quand un instrument de prévention gratuit, reconnu par la communauté scientifique comme quelque chose d'utile, est disponible, est-ce qu'on y renonce sans en porter aucune des conséquences ? Ou est-ce qu'on tend la main pour soigner, mais on dit qu'il n'y a aucune raison qu'il n'y ait pas de conséquences alors qu'il y en aura pour les autres patients qu'on aura du mal à soigner et qui, eux, n'y peuvent rien", s’est demandé Martin Hirsch sur le plateau de "C à Vous" sur France 5, évoquant un "débat délicat".

Des propos qui ne passent pas pour Christophe Prudhomme, urgentiste au Samu 93, en Seine-Saint-Denis. "Ce sont des propos scandaleux, surtout venant d'un directeur d'hôpital. Ce n'est pas son rôle", assure-t-il à RMC. "La recherche d'un bouc émissaire, c'est une catastrophe. Si on met le doigt dans l'engrenage de la sélection des patients, on va faire payer le traitement du cancer des poumons aux fumeurs, on va pénaliser les obèses parce qu'ils mangent trop, ce n'est pas sérieux", prédit-il.

"Nous sommes là pour soigner tout le monde et continuer à discuter avec les non-vaccinés pour leur montrer qu'il y a un rapport bénéfice-risque pour un certain nombre de personnes très favorable pour le vaccin", ajoute Christophe Prudhomme.

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"Même Emmanuel Macron, s'il va en réanimation, je ne lui souhaite pas de sortir son portefeuille"

"Il ne faut pas rentrer dans ce type de démarche. On a une stratégie, celle de la vaccination. Il faut continuer la pédagogie", a plaidé de son côté la maire de Paris et candidate socialiste à la présidentielle Anne Hidalgo sur RMC et BFMTV: "On ne doit pas distinguer les populations".

"Je suis scotché", déplore de son côté Olivier Besancenot, porte-parole du NPA et de Philippe Poutou, sur RMC. "Ceux qui ont fermé 5.700 lits d'hôpital en pleine crise sanitaire, même eux je ne leur souhaite pas de payer s'ils vont en réanimation. Même Emmanuel Macron, s'il va en réanimation, je ne lui souhaite pas de sortir son portefeuille. Monsieur Hirsch ferait mieux de baisser d'un ton et s'attaquer aux vrais problèmes. On manque de personnel dans les Ehpad et les hôpitaux", assure-t-il.

"C'est tout à fait contraire aux principes de la France, de la liberté, de l'égalité et de la fraternité. Les médecins soignent sans regarder si les patients ont de l'argent ou des papiers", estime Max, un auditeur de RMC. "L'idée de faire payer les soins aux non-vaccinés me fait vomir. Il faut arrêter de dire que les soins sont gratuits: on les paye tous les mois, tout le temps, sur notre fiche de paie avec les prélèvements obligatoires", note de son côté Sarah, une autre auditrice, vaccinée et titulaire d'un pass vaccinal. "La vaccination n'est pas obligatoire alors les gens font ce qu'ils veulent. Que le gouvernement la rende obligatoire et là, on pourra en discuter. En attendant, c'est un choix et c'est légal de ne pas se faire vacciner", ajoute-t-elle très remontée.

À l'inverse, certains comprendraient la mise en place d'un tarif pour un séjour en réanimation. "Je suis d'accord avec Martin Hirsch à un certain point, notamment pour faire payer des forfaits", estime de son côté Romuald, qui lui n'est pas vacciné, sur RMC. "On fait un choix quelconque, on l'assume jusqu'au bout", assure-t-il, alors qu'une journée en réanimation à l'AP-HP coûte environ 4.628 euros à la charge de l'Etat, contre 20 euros pour une dose de vaccin, payé par l'argent public également.

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Guillaume Dussourt