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"Expliquez-nous": comment s'en sortent les pays qui n'ont pas confiné leur population ?

Une poignée de pays ont choisi de ne pas confiner leur population. C’est le cas du Danemark, de la Corée du Sud ou de Hong Kong. Quelle est la situation dans ces pays ? Quels sont les résultats de ces politiques ?

Si la France, l’Italie ou encore l’Espagne ont décidé de confiner leurs populations pour lutter contre la propagation du coronavirus, ce n’est pas le cas de tous les pays d’Europe. La Suède, notamment a choisi de ne pas fermer ni les commerces, ni les restaurants, ni les écoles primaires, et de ne pas interdire les promenades, ni le sport. La Suède est le dernier pays d’Europe, où l’on peut aller chez le coiffeur. Et d’ailleurs, le correspondant du Figaro raconte que Stockholm est devenue... la destination préférés de riches européennes qui viennent pour se faire une couleur, puis un bon resto dans la foulée. Oui, car, outre les coiffeurs, les frontières du pays ne sont pas fermées non plus.

La Suède défend le confinement volontaire. C’est-à-dire que personne n’est obligé de rester chez soi, mais les personnes âgées y sont encouragées. Le télétravail est recommandé. Et les Suédois se sont un peu confiné eux même.

Mais les résultats de cette politique unique ne sont pas terribles… Il y a en effet eu presque 2000 morts, dont 137 pour la seule journée de mercredi. C’est beaucoup moins qu’en Grande-Bretagne ou en France, mais beaucoup plus que les voisins norvégiens, finlandais ou danois. Ramené à une population égale, il y a six fois plus de morts en Suède qu’en Norvège, dix fois plus qu’en Finlande. 

Et un tiers de ces 2000 décès sont intervenus la semaine dernière, de quoi commencer à faire douter les Suédois. Pourtant, l’homme qui a l’homme qui a décidé de cette politique persiste et signe. C’est l'épidémiologiste en chef du pays, le premier à avoir défendu la politique d’immunité collective, le fait de laisser circuler le virus jusqu'à ce que la population s’auto-vaccine. Il s’appelle Anders Tegnell, un grand jeune homme de 64 ans, en jean basket, toujours très cool. Il a 100.000 fans sur Facebook. Il est tous les soirs à la télévision. Il argumente et maintient que son choix était le bon. Il pense que le plateau a été atteint et surtout que la région de Stockholm est proche de l’immunité collective. Il explique aussi que le virus est là pour plusieurs années et que le confinement aussi longtemps est impossible. Surtout dans le pays du monde le plus attaché aux libertés individuelles. Les chiffres de prochaines semaines nous diront s’il avait tort ou raison. À l’arrivée, ce sera un héros ou un salaud. Il n’y aura pas de demi-mesure.

Des pays ont changé d'avis

La Grande-Bretagne aussi avait au départ choisi cette politique de non-confinement. Mais ca n’a pas duré. Le 23 mars, une semaine après la France, Boris Johnson qui n’était pas encore malade, a annoncé le confinement avec des règles à peu près identiques aux nôtres. Le Premier ministre avait été convaincu par un scientifique, un mathématicien spécialiste de la modélisation, Neil Ferguson. Aussi controversé qu'Anders Tegnell en Suède, ou que le professeur Raoult en France.

Neil Ferguson a présenté ses calculs et annoncé que le royaume aurait 550.000 morts sans le confinement. Boris Johnson n’a pas pu assumer un tel risque. Résultat, la Grande-Bretagne est confinée sans avoir de date de sortie ou d'assouplissement. Le ministre de la Santé a parlé de quatre mois, la directrice générale de la santé de six mois, quand au mathématicien, Neil Ferguson il prône lui de rester confiné jusqu'à l’arrivé d’un vaccin, c’est à dire dans au moins 18 mois. Bon courage aux Anglais.

Les Pays-Bas, ont aussi tenté de ne pas confiner les populations. Et comme les Anglais, ils y ont progressivement renoncé, mais sans le dire. On parle là-bas d’un confinement intelligent. Pas obligatoire. Mais petit à petit, tout à fermé. Les restaurants, la plupart des commerces, les écoles, les rassemblements sont tous interdits. On peut inviter des amis à la maison, mais pas plus de trois en même temps. Et la fréquentation des transports en commun a baissé de 68%, ce qui prouve que les Néerlandais restent chez eux. Et le résultat, c’est 4000 morts. Moins que le voisin belge, mais beaucoup plus que le voisin danois.

L'exception Biélorusse

Ailleurs dans le monde, d’autres pays n’ont pas confiné leur population. C’est le cas de la Corée du Sud et Hong Kong, avec succès. Sans confinement, mais avec des masques et un tracking très strict des cas suspects. Singapour avait la même politique, mais à cause d’une deuxième vague de contamination parmi la population des travailleurs immigrés, la Ville-Etat a finalement confiné tout le monde début avril et jusqu’à fin juin au moins. 

Enfin, il y a le cas particulier de la Biélorussie. La dernière dictature communiste en Europe n’a strictement rien changé à son mode de vie. Tout est ouvert, même les coiffeurs et les stades. C’est par exemple le dernier championnat professionnel de football qui se poursuit. Officiellement, le pays compte 58 morts du coronavirus. C’est-à-dire, à population égale, autant que le voisin ukrainien qui est confiné et ne joue pas au foot.

Nicolas Poincaré