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"Il faut les réserver aux asymptomatiques": pourquoi les pharmaciens pestent contre la vente d'autotests en grande surface

Jusqu'ici détenteur du monopole, les pharmaciens déplorent la vente d'autotests en grande surface. Ils estiment que cette décision souffre d'une absence de stratégie de la part du gouvernement et rappellent qu'un autotest est un geste barrière supplémentaire et doit être l'apanage d'asymptomatiques, les cas-contacts devant continuer à se faire tester en pharmacie.

Des mois que la grande distribution le réclamait. Elle a été finalement entendue par le gouvernement. Dans un arrêté publié mardi, l'exécutif autorise la vente d'autotests "à titre exceptionnel" dans les rayons des grandes surfaces et ce, jusqu'au 31 janvier seulement. L'objectif est de faire face à l'augmentation exponentielle du nombre quotidien de nouveaux cas, et à la forte demande des clients alors que les queues s'allongent devant les pharmacies.

Mais si les consommateurs s'en réjouissent, les pharmaciens justement, jusqu'ici détenteurs du monopole de la vente d'autotests dans leurs officines, font grise mine: "Il y a une absence totale de stratégie de la part du gouvernement. Il n'y a pas eu un mot sur la stratégie de dépistage. Jusqu'ici, nous avions une stratégie claire, tester, alerter, isoler avec des tests réalisés par des professionnels de santé, pris en charge et inscrits dans une base de données nationales", rappelle Philippe Besset, président de la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France, sur RMC et RMC Story.

Des autotests en grande surface, oui, mais dans certains cas seulement

Si les supermarchés s'apprêtent à les vendre à 2 ou 3 euros, contre environ 5 euros en pharmacie, ce n'est pas ce qui dérange Philippe Besset qui plaide pour la mise en place d'une nouvelle stratégie de tests et des autotests pour certaines catégories de personnes. "Il faut trouver, comme dans d'autres pays d'Europe, une autre stratégie de tests", réclame-t-il. En clair, "c'est une bonne idée que les autotests soient en vente partout mais ils devraient l'être uniquement dans certains cas, pour certaines personnes".

"Les autotests en vente libre doivent être uniquement utilisés pour un repas familial comme un geste barrière supplémentaire. Il faut tenir compte uniquement des résultats positifs pour aller ensuite le confirmer par un test PCR après en laboratoire. Les tests antigéniques en pharmacie doivent être faits pour les personnes symptomatiques ou cas-contact", détaille-t-il.

"Jusqu'ici des autotests, on en vendait très peu", note-t-il, évoquant des prix réglementés pour justifier un prix de vente supérieur à ce que l'on peut désormais trouver en supermarché. "On a le droit de le vendre moins cher mais le prix d'achat est réglementé. On ne peut pas s'aligner sur les supermarchés parce que nous prenons de la marchandise française auprès de producteurs qu'on nous indique. On achète un autotest 3,70 euros", ajoute Philippe Besset avant de reconnaître à demi-mot l'une des craintes des pharmaciens: que plus personne ne vienne faire de test antigénique en pharmacie. Jusqu'au 31 janvier au moins pour l'instant.

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Guillaume Dussourt