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Infertilité: le nombre de spermatozoïdes a chuté de moitié en moins de 50 ans

La quantité et la qualité des spermatozoïdes baissent depuis des dizaines d'années (photo d'illustration).

La quantité et la qualité des spermatozoïdes baissent depuis des dizaines d'années (photo d'illustration). - Wikimedia Commons/CC

L'infertilité est-elle un danger pour l'humanité sur le long terme? En moins de 50 ans, le nombre de spermatozoïdes a chuté de moitié, d'après une étude internationale publiée dans la revue scientifique Human Reproductive Update. Toutes les régions du monde sont concernées et le déclin est deux fois plus rapide depuis les années 2000.

La fertilité masculine est en chute libre. D'après une étude internationale publiée lundi dans la revue scientifique Human Reproductive Update, le nombre de spermatozoïdes a baissé de moitié en moins de 50 ans.

La tendance était connue, mais cette énorme compilation de 45 ans de recherche sur le sujet en est la preuve. Les auteurs de l'étude ont réuni les données de 223 études sur le sujet, issues de 53 pays sur six continents.

En 1973, on comptait 101 millions de spermatozoïdes en moyenne dans 1 ml de sperme. En 2018, la moyenne était de 49 millions, soit la moitié.

Tous les pays sont concernés

"C’est un signal d’alerte qu’il faut prendre en considération. Moi, il y a une trentaine d’années, quand j’ai commencé médecine, on voyait souvent des spermogrammes au-delà de 100 millions et là on n’en voit pratiquement plus", affirme le Dr Antoine Faix, chargé d'un rapport sur la fertilité.

Ce qui interroge les scientifiques, c'est le fait que tous les pays sont concernés. "Ce qu’on savait depuis la fin des années 2000-2010, c’est qu’il y avait une diminution de la qualité du sperme dans les pays dits 'occidentalisés'", explique le docteur.

Obésité, alcool, cigarettes, drogue, perturbateurs endocriniens, exposition aux produits chimiques, entre autres, sont des facteurs qui peuvent accentuer l'infertilité.

"Il est urgent que l'État agisse"

"C’est inquiétant parce qu’on se demande si la courbe va s'accélérer ou diminuer: c’est quelque chose qu’on saura dans 10 ou 15 ans et qui sera peut-être parallèle à la lutte contre le climat car on rejoint les mêmes objectifs", dit-il.

Pour lutter contre cette infertilité, il y aurait plusieurs solutions d'après le docteur. À l'échelle nationale, "le gouvernement a demandé, l’an dernier, un rapport actuel sur la fertilité féminine et masculine".

Dr Antoine Faix ajoute: "Il est urgent que l’État agisse et je pense que la fertilité masculine n’est qu’un petit morceau du puzzle: luttons contre l’obésité, mangeons sainement, faisons du sport, faisons attention à tout ce qu’on touche et respire. Il faut imaginer un monde plus simple."

Des enfants trop tard?

À l'échelle plus personnelle, l'urologue estime que "la plupart des couples ne décident pas de concevoir au maximum de leur fertilité, car souvent on programme un enfant après avoir assuré sa carrière professionnelle et acheté une maison".

En France, environ "un couple sur sept a des problèmes de conception aujourd'hui". "On a de plus en plus de mal à avoir des enfants et on les fait de plus en plus tard", conclut le Dr Antoine Faix.

AB avec Nicolas Traino