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Masque, vaccins,... ce qu'il faut retenir de l'interview de l'infectiologue Benjamin Davido

Invité de la Matinale week-end de RMC, l'infectiologue Benjamin Davido a demandé le retour du masque dans les transports en commun mais pas partout, estimé qu'une nouvelle vague générale de rappel de vaccin n'était pas utile et ne s'est pas opposé au retour des soignants non vaccinés.

Covid, saison 7. Le virus n'aura pas mis longtemps à revenir. L'épidémie de Covid-19 a fait son retour en France en plein été, avec la prolifération des sous-variants d'Omicron, BA.4 et BA.5. En moyenne sur les sept derniers jours, 127.737 personnes ont été infectées sur le territoire français, soit 30.000 de plus que la semaine précédente. Depuis la levée progressive des mesures sanitaires, la politique actuelle du gouvernement a quitté le champ de la coercition pour laisser une confiance de plus en plus grande envers les Français dans la gestion de l'épidémie. Mais avec la hausse des cas, la question du retour du masque, du vaccin se pose, que ce soit de manière obligatoire ou non.

Invité de RMC ce dimanche, l'infectiologue Benjamin Davido a estimé important que le masque soit mis dans les transports en commun et demande "bien sûr" qu'une obligation soit mise en place. Un choix qui n'a pas été retenu par Elisabeth Borne qui expliquait refuser des "mesures nationales d'obligation du port du masque". Par contre, il ne recommande "pas de mettre le masque quasiment partout", mais uniquement quand c'est nécessaire.

"Dans les espaces clos, mal ventilés, comme les transports porter le masque peut nous préserver. Il faut se féliciter du travail accompli par les soignants et les Français qui ont joué le jeu de la vaccination qui fait qu'on a un été sans contrainte. Si on veut préserver notre petite longueur d'avance à la rentrée, il faut éviter que la vague soit le plus haut possible: plus le nombre de cas est élevé, plus l'épidémie gagne du terrain et risque de saturer l'hôpital", estime le référent Covid-19 de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches.

"Le masque a une efficacité instantanée" explique le médecin qui note que "le port du masque ne fonctionne pas s'il n'est pas mis par l'ensemble des personnes." Il juge aussi que l'initiative de Christian Estrosi de re-rendre obligatoire le masque dans les transports, mesure retoquée par la justice, "courageuse." Porter le masque maintenant, pour Benjmain Davido, c'est avoir "l'objectif à moyen-terme de ne plus (en) avoir besoin".

Le regret des "demies mesures" du gouvernement

Il regrette le choix de la "demie mesure" par le gouvernement, face à la situation sanitaire qui se dégrade:

"Est-ce qu'on veut une décision immédiatement efficace ou une demie-mesure. Le choix actuel, c'est la demie mesure. Ça peut se comprendre d'un point de vue global. Médicalement, ce n'est pas compréhensible."

Il tance aussi le choix "démagogique" qui a été fait de retirer le masque dans les transports au début du printemps et certains incohérences dans les choix faits par les différents gouvernants:

"Mon ressenti était, en tant que citoyen, quand on a retiré le masque dans les transports, que les Français ne demandaient pas cette mesure et qui si on avait une vague cet été, ce qui se produit, ce serait difficile de leur demander de le remettre. Lorsque ça a été supprimé de l'espace aérien, c'est un peu l'histoire du nuage de Tchernobyl: pour aller à l'autre bout du monde, il est obligatoire, mais pas quand vous allez dans l'Europe. Il y a eu des décisions démagogiques et des décisions médicales."

Le problème de l'immunité

Le problème principal du Covid-19 pour Benjamin Davido est celui de "l'immunité, qu'elle soit vaccinale ou naturelle".

"On n'arrive pas à avoir une immunité durable, déjouée par les nouveaux variants avec un virus qui mute plus vite que la plupart des virus ARN. Ce virus est très malin, déjoue le système immunitaire des êtres humains et essaye de surclasser la vaccination pour lequel on garde un bénéfice certain: celui des rappels. "

A terme, l'infectiologue espère qu'il sera possible de faire une vaccination annuelle, à l'instar de la grippe. Mais cette stratégie n'est pour l'instant pas possible, selon lui, car "les pics des vagues épidémiques" ne sont pas encore "contrôlés":

"La différence avec la grippe, c'est qu'elle ne fait pas 150.000 cas tous les jours en plein mois de juillet. C'est ça qui est inquiétant. C'est ce caractère endémique, qui traverse l'ensemble des saisons. Dans ces conditions, la gestion de cette maladie ne peut pas être le même que la grippe."

Il estime par contre que "le rappel pour tous ne réglera pas le problème de la septième vague, ni celle de la huitième, sauf s'il y avait un nouveau variant qui tuerait 10.000 personnes par jour." Il rappelle aussi que si l'épidémie court depuis deux ans, "ce qui pour pour certains est long", cette durée "pour une pandémie, c'est extrêmement court". "Il faut garder patience, garder confiance", estime le médecin de l'hôpital de Garches.

Des incohérences sur la vaccination

Côté vaccination, il juge qu'il manque dans "les recommandations de la Haute autorité de Santé" le droit pour "les moins de 60 ans qui ont des maladies générales" de faire la quatrième dose du vaccin contre le Covid et dénonce une incohérence.

"On a le droit d'avoir 50 ans, du diabète, un cancer du poumon, mais on n'est pas éligible à la vaccination. Il faut des mesures ciblées, pragmatiques et efficaces."

Face à la pénurie de médecins et la crise dans les hôpitaux, Benjamin Davido ne se dit pas défavorable au retour des soignants exclus car refusant le vaccin contre le Covid-19, mais leur demande, s'ils reviennent, une remise en question éthique:

"Je ne suis pas contre la réintégration des soignants non vaccinés, mais il faut qu'ils se posent la question de leur éthique médicale et de leur volonté de travailler au sein de la profession."
https://twitter.com/mmartinezrmc Maxime Martinez Journaliste RMC