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"Nous réservons les tests pour les malades et le personnel soignant", prévient le professeur Éric Caumes de la Pitié-Salpêtrière

Alors que l'épidémie prend de l'ampleur en France, les autorités sanitaires pensent arrêter les campagnes de dépistages pour se concentrer sur les malades. Pendant ce temps, le gouvernement s'échine à confiner les foyers de contamination notamment dans l'Oise et en Savoie.

Le nombre de morts en raison du coronavirus a dépassé la barre symbolique des 3000 personnes ce week-end, plus d'un mois après l'apparition du virus à Wuhan en Chine. "On s'achemine vers une pandémie", prévient le professeur Éric Caumes, chef de service des maladies infectieuses à la Pitié-Salpêtrière. En France, le Covid-19 a déjà tué deux personnes alors que 130 cas ont été recensés, 116 personnes sont hospitalisées et 9 sont en situation clinique grave.

Et la situation pourrait pousser les autorités sanitaires à éviter les dépistages de masse à l'avenir: "Le dépistage est utile si on est dans un stratégie d’isoler des personnes pour éviter des contaminations d’autres personnes mais quand on passe dans une autre dimension le dépistage n’est plus utile", explique Éric Caumes qui estime que le moment est venu de s'occuper des malades en priorité.

Les dépistages désormais inutiles ?

"Il est très probable que nous ne multiplierons pas les dépistages. Nous les réserverons pour les malades et le personnel soignant. Serons testés les patients qui nécessiteront une hospitalisation et le personnel médical et non-médical, en première ligne et exposé aux malades", explique le praticien.

Pas question pour autant de céder à la panique, à la fièvre acheteuse de produits de première nécessité ou de masques alors que les Français s'inquiètent de plus en plus. Les masques n'ont d'ailleurs aucun effet contre la maladie et ne sont recommandés que pour le personnel hospitalier et les malades: "On nous vole les masques que l’on retrouve sur Le bon coin. C’est stupide puisque la durée de vie d’un masque c’est quelques heures. Dans ces cas-là il faut nous voler des boites entières par famille", déplore Eric Caumes qui rappelle que les médecins généralistes, les plus exposés, un un réel problème d'approvisionnement en masque.

Et si la saturation des hôpitaux semble lointaine, l'épidémie de Coronavirus pourrait avoir un effet néfaste sur les autres malades. Les appels à répétition au Samu notamment, pourraient faire "oublier" les autres malades, alors que l'épidémie de grippe classique touche chaque année 2 à 6 millions de personnes et fait en moyenne 10.000 morts.

La proximité entre l'homme et l'animal comme facteur déclencheur ?

En attendant la hausse des températures qui pourrait ralentir le virus, les recherches pour obtenir un vaccin continuent. Mais les zones d'ombre autour du Covid-19 sont nombreuses: "Il nous manque l’essentiel, le dénominateur, c’est à dire le nombre de personnes infectées. On voit la partie émergée de l’iceberg mais on ne connait pas sa profondeur. On a quelques idées sur l’origine du Covid-19, c’est la proximité entre l’homme et l’animal", assure Éric Caumes.

Pendant ce temps, les foyers de contamination se multiplient en France, dans l'Oise comme en Savoie. Dans ces deux départements, de nombreux cas ont été recensés sans pour autant que le "patient zéro" n'ai été retrouvé pour l'instant, laissant les autorités dans le flou quant à l'arrivée du virus dans le pays.

"L’Oise c’est près de Roissy, je pense qu’il y a une relation. La Savoie je connais moins le foyer. Il y a plusieurs foyers et c’est comme ça que ça va progresser. Cela va se diffuser par foyers et le gouvernement veut contenir la diffusion en dehors des foyers. C’est très difficile car la plupart des patients sont asymptomatiques voir très peu symptomatiques, et en période d’épidémie grippale on ne peut pas distinguer la grippe du coronavirus", conclu le médecin.
Guillaume Dussourt