RMC

"On ouvre la perfusion, le produit part et il s'endort très vite":  Anthony a accompagné son père en Suisse pour un suicide assisté

TÉMOIGNAGE RMC - Anthony a accompagné son père, malade depuis 4 ans, atteint d’une maladie dégénérative invalidante, irréversible et sans traitement possible, pour qu'il puisse procéder à un suicide assisté en Suisse.

Une proposition de loi du PS, visant à reconnaître les droits à bénéficier "sous conditions" de l’aide active à mourir, l’assistance médicale au suicide et à l’euthanasie, doit être débattue au Sénat jeudi. En France, l’euthanasie est toujours illégale alors que nombre de nos voisins, comme les Pays-Bas, la Belgique, le Luxembourg et la Suisse y ont déjà recours.

Le 4 mars dernier, c'est en Suisse justement que l'ancienne secrétaire d'Etat aux personnes âgées, Paulette Guinchard, est morte à l'âge de 71 ans après avoir eu recours au suicide assisté. C’est aussi en Suisse qu’Anthony, infirmier à Ajaccio, a accompagné son père pour un suicide assisté le 27 janvier dernier.

"Mon père était malade depuis 4 ans, d’une maladie dégénérative très invalidante et irréversible. Aucun traitement n’était possible, on nous l’avait dit dès le départ", raconte-t-il sur RMC ce mercredi matin.

"Pour lui c’était inconcevable de finir en subissant. Depuis 2 ans, il disait qu’il voulait se faire ‘sauter le caisson’, nous on voulait faire ça proprement", explique-t-il ajoutant avoir dit à son père qu’il était possible de faire ça à l’étranger.

Après avoir pris contact avec un organisme, effectué les différentes démarches et s’être rendus en Suisse pour voir différents médecins au préalable, ils ont pu faire le voyage pour procéder au suicide assisté: "On l’a accompagné dans un appartement dans une zone industrielle et toute la procédure s’est enclenchée".

>> A LIRE AUSSI - "96% des Français se disent favorables à ce que le droit à l'euthanasie existe", défend un député LREM

"En France on a le choix de partir mais c’est toujours une mort brutale"

"On lui pose une perfusion, on lui pose des questions, il doit être conscient de sa démarche, personne ne peut intervenir, tout est filmé pour la police et la juridiction locale. Une fois qu’il donne son accord, on ouvre la perfusion, le produit part il s’endort très vite, il n’y a aucune souffrance, c’est un soulagement pour lui et pour nous", raconte-t-il.
"Quand on est un être humain lambda, qu’on a travaillé tout sa vie, qu’on a vécu dignement qu’on a une famille, on a le droit de mourir dignement. On ne comprend pas qu’on ne puisse pas le faire chez nous, qu’on ne puisse pas avoir le choix de partir dignement. En France on a le choix de partir mais c’est toujours une mort brutale. Le suicide n’est jamais beau. J’espère que cela va bouger en France. Il y a des milliers de cas comme mon père, de familles en souffrance et de personnels soignants en souffrance".

Anthony aimerait voir la position de la France évoluer alors que le suicide assisté est légal en Suisse depuis 1982. Mais les élus ne semblent pas disposés à accélérer la marche vers l'euthanasie. Déjà rejetée par les sénateurs en commission, la proposition de loi du PS ne sera sûrement pas votée dans l'hémicycle à majorité de droite, même si un sujet aussi complexe dépasse les clivages partisans, alors que des propositions de droite et du centre ont déjà été faites par le passé.

>> A LIRE AUSSI - Suicide assisté: Paulette Guinchard, ancienne secrétaire d'Etat, met fin à ses jours en Suisse et relance le débat

Guillaume Dussourt