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"On se sent trahi": les appels à la grève se multiplient dans les hôpitaux pour protester contre la vaccination obligatoire des soignants

Les soignants appellent à la grève illimitée dans les hôpitaux de Marseille pour protester contre la vaccination obligatoire imposée au personnel hospitalier.

Appel à la grève illimitée dès ce mercredi dans les hôpitaux de l'AP-HM à Marseille. Les syndicats Sud-Santé et CGT protestent notamment contre la vaccination obligatoire des soignants à partir du 15 septembre. Les récalcitrants seront interdits d'exercer avec une suspension de salaire. Ces syndicats craignent aussi une nouvelle dégradation des conditions de travail si des agents non-vaccinés venaient à être suspendus.

Dans le parc de l'hôpital Edouard Toulouse à Marseille, les soignants brandissent leurs pancartes. Parmi eux, Karine, infirmière depuis 25 ans. Non vaccinée, elle refuse qu'on décide à sa place: "On se sent complètement trahi, on se sent acculé, on n'a aucune possibilité d'avoir le choix. Ça nous pousse à la révolte".

Michelle aussi est révoltée. Cette infirmière accuse le gouvernement de culpabiliser les soignants comme elle qui ne veulent pas du vaccin:

"Je ne comprends pas qu'on nous dise que c'est nous qui nous mettons en danger. On ne s'est pas posé cette question l'année dernière. Je rentrais, je me mettais à poil sur ma terrasse, je me lavais à l'extérieur et je n'embrassais pas mes enfants. Là on me dit que notre éthique soignante est remise en question parce que je ne veux pas me faire vacciner? Je ne comprends pas".

Pour elle, c'est clair : elle ne changera pas d'avis même si ça veut dire être suspendue et perdre son salaire à la rentrée: "On fera autre chose, même si je perds le boulot qui m'épanouit. Je vendrai peut-être ma maison mais on ne me l'imposera pas".

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"Quand on choisit un métier en relation avec la santé, on a des responsabilités"

Des propos qui font bondir l'infectiologue Robert Sebbag. Il ne comprend pas comment des soignants peuvent refuser de se faire vacciner et risquer de contaminer leurs patients: "Quand on choisit un métier en relation avec la santé, on a un certain nombre de responsabilités. Alors je connais les arguments sur le manque de recul mais ça veut dire quoi? On a à peu près plus d'un de recul, on a vacciné 3 milliards de personne, ce n'est pas un vaccin expérimental, c'est un vaccin qui marche".

"La grève est malvenue, car je suis convaincu que la vaccination des soignants est impérative et que c'est le seul moyen de minimiser la crise pandémique", plaide ce mercredi sur le plateau de RMC Marc Leone, chef du service d'anesthésie-réanimation de l’hôpital Nord de Marseille. Le praticien voit dans la non-vaccination de certains soignants, une "défiance vis-à-vis du pouvoir en place et d'un élitisme". "La vaccination est un sujet qui a été extrêmement politisé alors que c'est avant tout une question sanitaire", ajoute-t-il estimant que ne pas se vacciner en tant que soignant est "une faute professionnelle et éthique, car il y a un risque de contaminer les patients".

Une grève en pleine 4e vague, avec un nombre croissant d'hospitalisations, le syndicat sud santé l'assume. Pour son secrétaire général Kader Benayed, ce mouvement est nécessaire: "On demande au gouvernement de revenir à la raison et de supprimer l'obligation vaccinale pour le personnel hospitalier. Tant qu'on ne l'obtiendra pas, on luttera et on bloquera le système de santé".

D'autres syndicats hospitaliers à Lyon et à Bastia appellent également à la grève et espèrent la faire durer le plus longtemps possible. Denis Betand de la CGT Santé évoque une grève plus générale pour dénoncer des problèmes endémiques qui datent de plusieurs années: "La crise sanitaire a mis en exergue les problématiques de l'hôpital depuis des années. La problématique est la fermeture de lits depuis 2003. Jusqu'à 2017, il y 69 000 lits qui ont été supprimés et cela a continué sous l'ère Macron. Ça met en tension le système", assure-t-il ce mercredi sur RMC.

"Pendant la crise, les soignants ont fait face et ont produit le meilleur d'eux-mêmes individuellement et collectivement. Certains au détriment de leur vie. Il y a des morts et encore aujourd'hui des Covid longs. Il y a une absence de reconnaissance. C'est un tsunami", ajoute le syndicaliste.

Selon Santé Publique France, au 29 juillet, 62,4% des soignants exerçant en Ehpad et en unité de soin longue durée (USLD) étaient pleinement vaccinés, et 73,5% avaient reçu au moins une dose de sérum.

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Clémence Fournival et Anne-Lyvia Tollinchi (avec Guillaume Dussourt)