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Pourquoi les prix des vaccins Pfizer et Moderna vont augmenter?

"EXPLIQUEZ-NOUS" - Les négociations sont en cours entre l’Union européenne et les laboratoires pour les prochaines livraisons de vaccins.

>> Une information dévoilée par le Financial Times, le prix des vaccins Pfizer et Moderna va augmenter de quelques euros. Le quotidien britannique s’est procuré les contrats conclus avec l'Union européenne. Le prix du vaccin Pfizer va augmenter de 25 % et de 13% pour le Moderna.

Très concrètement, ça veut dire que le vaccin de Pfizer passe de 15 euros à 19,50 euros, et celui de Moderna de 19 euros à 21,50 euros.

Alors ce n’est pas forcément surprenant, on s’y attendait même un peu. En fait, cette augmentation avait déjà été annoncée, notamment par le laboratoire Pfizer. Mais on ne savait pas dans quelle proportion.

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Pour l’instant la Commission européenne n’a pas fait de commentaire. Mais lundi le secrétaire d’Etat français aux Affaires européennes, Clément Beaune, a confirmé cette information, tout en invitant à la prudence. Ces contrats sont toujours en cours de négociation. Il a tout de même donné deux explications à ces hausses de prix.

D’abord les doses de vaccins que l'Union européenne est en train de négocier ne sont pas les mêmes que les premières générations. Elles sont adaptées aux variants. Ensuite, les contrats conclus avec les laboratoires sont plus exigeants notamment sur la question des volumes et des approvisionnements. L'Union européenne veut sécuriser ses livraisons et elle est prête à payer plus cher.

Mais les laboratoires n'en profitent-ils pas un peu pour gonfler leur prix ?

C’est sûr que comme les vaccins à ARN messager se révèlent être la technologie la plus efficace pour se protéger, ces laboratoires sont en situation de quasi-monopole.

Alors bien sûr, il y a la question de la recherche et du développement. Et elle a un coût important, qu'il faut financer. Rien que pour cette année Pfizer prévoit de dépenser 8,8 milliards d'euros en recherche et développement. Mais pour expliquer ces hausses de prix, les économistes de la santé que j’ai pu interroger lundi, parlent surtout d'une logique de marché.

On a d’un côté une demande, les États qui veulent acheter des vaccins, et de l’autre une offre, les laboratoires qui vendent leurs produits. Avec les nouvelles vagues, l’apparition de variants, la possible nécessité d’avoir une troisième dose, la demande est toujours très forte.

Et dans le même temps, la valeur du vaccin à ARN messager augmente, comme il se révèle être le plus efficace face aux variants et finalement la seule issue à la sortie de la crise du covid. Comme la demande augmente, et que l’offre est rare, le prix augmente.

Pourtant, on pourrait penser que les prix baissent puisque l’on produit plus de vaccins…

La production à grande échelle des vaccins fait baisser les coûts de production. Et devrait donc permettre aux laboratoires de baisser leur prix de vente. Mais ce n’est pas le cas. En fait, on ne considère plus que le coût de production, c’est ce qui fait le prix. Le prix est lié à l’efficacité: plus le médicament est efficace, plus il peut coûter cher.

La question des brevets

Et puis l’autre problème, pointé par de nombreux experts, ce sont les brevets pharmaceutiques. Selon l’ONG OXFAM, les laboratoires profitent de leurs monopoles pour gonfler les prix. Selon leurs calculs, ils rendent jusqu’à cinq fois plus cher le coût des vaccins. La France aurait payé 4,6 milliards d'euros de plus que le coût de fabrication, un surcoût qui s'élèverait même à 31 milliards d'euros pour l'Union européenne. D'où un appel à lever les brevets pour injecter plus de concurrence au sein du marché.

Et c'est un coût pour la sécurité sociale. Le comité d’alerte sur l’évolution des dépenses d’assurance-maladie avait déjà fait ses calculs, la campagne vaccinale va coûter à la sécurité sociale 4,6 milliards d’euros. Avec l’augmentation des prix, on peut donc s’attendre à ce que ça coûte encore un peu plus cher.

En France, ce sont les finances publiques et donc la sécurité sociale qui assument ces surcoûts. Mais à la fin le contribuable risque de trinquer selon Nathalie Coutinet, économiste de la santé. Car soit le financement de ces surcoût se fait par une hausse des impôts ou des prélèvements, soit par une réduction des dépenses de la sécu. Traduction, moins de remboursements pour certains soins. 

Margaux Bourdin avec Guillaume Descours