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On vous demande si vous êtes clean, comme si un séropositif n'était pas propre!

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Camille Genton, jeune entrepreneur séropositif, a lancé ce vendredi "Nous sommes tous positif.ve.s", un manifeste signé par plus de 150 personnalités pour dénoncer les discriminations dont sont encore victimes les porteurs du VIH. Parfois au sein même de la communauté gay, comme le déplore Fred, séropositif et militant associatif joint par RMC.fr.

Fred est homosexuel et séropositif. Il milite au sein de l'association Aides et travaille au sein de l'association "Le 190", centre de santé sexuelle à Paris, spécialisé dans le dépistage, le traitement et le suivi du VIH.

"Je me considère comme quelqu'un de privilégié: je vis à Paris et travaille dans le milieu associatif, du coup je ne subis pas de discrimination. Déjà, je me protège des éventuelles discriminations en choisissant mon parcours de soin: je ne choisis que des médecins généralistes ou des dentistes 'séropo friendly' et 'gay friendly', que l'on connaît par le biais de retour d'expériences des autres militants. Un testing de Aides a révélé qu'il y avait pas mal de discriminations au niveau des dentistes.

"Jeté dehors parce que séropositif"

Cela fait 8 ans que je suis séropositif. Les premières années, la sérophobie, je l'ai plutôt subi dans ma propre communauté, la communauté gay, et dans ma vie amoureuse. C'est assez violent sur les sites de drague, notamment sur les réseaux sociaux. On vous demande si vous êtes 'clean', ce qui sous-entend qu'une personne séropositive ne serait pas propre. C'est un terme sérophobique! Ça commence par les mots et après ça peut aller plus loin. Il m'est arrivé de rencontrer un garçon, d'aller chez lui et au moment de passer à l'acte, me faire jeter dehors après l'avoir prévenu que j'étais séropositif.

Je n'ai pas subi la discrimination institutionnelle au sens large, mais plutôt dans mes rencontres amoureuses. C'est très violent. C'est peut-être même pire que la discrimination sociale. Surtout pour quelqu'un qui serait un peu fragile. J'ai eu la chance de rejoindre l'association Aides en 2011, ce qui m'a blindé, et surtout permis de rencontrer des gens au fait des traitements et de leurs conséquences.

"Un séropositif sous traitements n'est plus contaminant"

Beaucoup de gens ignorent encore qu'un séropositif sous traitements, et bien traité, n'est plus contaminant – c'est ce que l'on appelle la charge virale indétectable -. Concrètement, ça signifie que l'on peut faire l'amour sans préservatif. C'est ce que l'on appelle le TASP, 'treatment as prevention' ('traitement comme prévention). Ça veut dire qu'une personne séropositive sous traitement est presque moins dangereuse qu'une personne séronégative qui prends des risques et qui ne se fait pas dépister. C'est un message que l'on essaye de faire passer et qu'il est important de faire connaître.

Je fais du dépistage au sein de l'association Aides. Ceux que je dépiste me disent: 'Surtout ne m'annoncez pas un statut séropo, sinon je me jette sous un camion !'. C'est la preuve qu'il y a encore beaucoup de pédagogie à faire. Les gens sont restés bloqués à 1994, au film Philadelphia (dans lequel le personnage principal, brillant avocat joué par Tom Hanks, est victime de discrimination du fait de sa séropositivité, NDR). Ils ne savent pas ce qu'est une trithérapie, ils ne connaissent pas la charge virale non détectable. Ils pensent que leur annoncer un statut VIH, c'est comme une condamnation à mort. Mais on n'en est plus là. Aujourd'hui le VIH est une maladie chronique et pratiquement plus personne en France n'est en stade sida, sauf les personnes qui s'ignorent et qui ne se sont pas faites dépister. La majorité des séropositifs sont bien traités et plutôt en bonne santé.

"Beaucoup de boulot pour faire évoluer les mentalités"

Je ne suis pas convaincu que les choses évoluent tant que ça en matière d'acceptation de l'homosexualité et des séropositifs. On l'a vu avec la Manif pour tous, aujourd'hui la PMA... Etre gay et séropo nous oblige à faire deux coming out: parler de son homosexualité et ensuite de sa séropositivité. Il y a encore autour de moi beaucoup de gens qui n'avouent pas leur séropositivité à leur famille, à leurs amis. Il y a encore beaucoup de stigmates autour du VIH et beaucoup de boulot à faire pour faire évoluer les mentalités et donner une image un peu plus moderne et moins morbide du VIH. Etre séropositif, ce n'est pas la fin du monde. Ce n'est bien sûr pas la 'fête du slip', mais on vit bien avec."

Propos recueillis par Philippe Gril