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Panneaux anti-vaccin à Toulouse: "C'est de la manipulation de chiffres", déplore un médecin

À Toulouse, des panneaux anti-vaccin fleurissent un peu partout dans la ville, provoquant l'ire des médecins. Mais pour l'instant, pas question de porter plainte, ce serait leur donner du crédit assure sur RMC Jean-Christophe Calmes le président de l'URPS Occitanie.

"La santé de nos enfants vaut plus que des vaccins expérimentaux". Des panneaux publicitaires avec des messages anti-vaccination ont fleuri à Toulouse (Haute-Garonne). Depuis plusieurs semaines, ces panneaux apparaissent peu à peu à la vue des passants. Le premier est apparu en juillet, le long du boulevard de l'Embouchure, un axe très fréquenté dans le quartier des Minimes.

Au total, 9 panneaux ont été signalés. On peut y lire, par exemple : "Vaccins anti-Covid. 1 accident cardiovasculaire pour 100 injections. La santé de nos enfants vaut plus que des vaccins expérimentaux". Ces panneaux mettent en colère de nombreux professionnels de santé. Le Conseil national de l'Ordre des médecins a même indiqué avoir alerté la préfecture.

"C'est risible", déplore ce jeudi sur RMC Jean-Christophe Calmes, le président de l'Union régionale des professionnels de santé (URPS) en Occitanie. Il déplore un chiffre "archi faux": "Cela voudrait dire que 5% de la population française se serait retrouvée à l'hôpital avec un accident vasculaire, après le vaccin".

"C'est de la manipulation de chiffres"

Selon les chiffres de l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), 147.960.500 injections de vaccins anti-Covid avaient été réalisées au 21 juillet 2022 en France. Sur toutes ces injections, 175.474 cas déclarés d'effets indésirables ont été observés, dont 76% étaient non graves, 24% graves. Des données bien inférieures aux chiffres avancés par la campagne toulousaine, d'autant que "cas déclaré ne signifie pas que l'effet est imputable au vaccin".

"Cette campagne c'est de la manipulation de chiffres. Je peux vous dire qu'il y a une entorse de cheville toutes les 230 vaccinations ou toutes les 50 vaccinations, c'est ce que j'observe", ironise le praticien.

"On ne peut pas laisser faire ce genre de choses. Ce sujet est indéfendable, ces arguments sont fallacieux, ces chiffres sont grotesques", renchérit Jérôme Marty le médecin des "Grandes Gueules".

"Porter plainte, c'est leur donner du crédit"

Voilà pour les chiffres. Pour la campagne, Jean-Christophe Calmes estime qu'en France, un état de droit, "on a le droit de dire n'importe quoi, n'importe où et c'est ce qui est fait".

"Le propre de ces sociétés sectaires, c'est de surfer à la limite de la légalité à laquelle des gens crédules vont adhérer. Ils sont très forts là-dedans. Ils ont choisi leur terrain de jeu, la publicité sur des terrains privés et effectivement la loi est un peu impuissante là-dessus", assure le président de l'URPS Occitanie.

"Il faudrait qu'il y ait une plainte pour que les autorités agissent, mais porter plainte, se dresser contre eux, c'est leur donner du crédit. Il n'y aucun crédit à avoir à ça, il y a juste la réalité, et la réalité, c'est 55 millions de Français vaccinés avec un schéma complet. Et ce que l'on voit, ce sont les soubresauts de l'agonie des anti-vaxx".

Qui est derrière cette campagne?

Derrière ces panneaux, on retrouve le collectif Réinfo Covid, conduit par Louis Fouché, un médecin anesthésiste farouche opposant aux restrictions sanitaires et à la vaccination contre le Covid-19, ainsi que le sociologue Laurent Mucchielli, qui avait été rappelé à l'ordre par le CNRS.

"Louis Fouché c'est le même qui avait dit que le confinement était comparable aux camps de concentration puis que le masque tuait. C'est le même qui dit qu'on injecte des puces 5G quand on nous vaccine", explique Jean-Christophe Calmes. Et si pour l'instant l'URPS ne compte pas déposer plainte, le syndicat pourrait finir changer d'avis: "Il y a un risque important pour quelques personnes crédules dans la population", conclut le médecin.

"Ils sont malins, ils ont mis un astérisque qui renvoie à des données et ils confondent comme d'habitude événement postérieur à la vaccination et événement imputable à la vaccination. Tout est un problème de corrélation et de causalité", rappelle Jérôme Marty, qui n'écarte pas quelques incidents qu'il a lui même constaté.

"Cette organisation est à la base des violences que nous subissons nous les médecins et c'est dans ce sens que les voies juridiques doivent être étudiées pour faire interdire ces affiches" ajoute le praticien. Le Conseil national de l'Ordre des médecins a même indiqué avoir alerté la préfecture. "La balle est dans le camp du gouvernement par le biais de la préfecture", conclu Jérome Marty.

G.D.