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Sidaction: "La question n’est pas de savoir qui est en cause mais d’empêcher que ça se propage"

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La 24ème édition du Sidaction a été lancée vendredi 23 mars et s’achève ce dimanche à minuit. Un événement caritatif relayé comme chaque année à la radio et la télévision.

Pour aider les personnes séropositives à prévenir leurs partenaires et permettre un dépistage le plus ciblé possible, le Conseil National du Sida propose pour la première fois la notification formalisée.

Son but: améliorer l'efficacité du dépistage et faire diminuer le nombre de personnes porteuses du VIH qui l'ignorent. Aujourd'hui, on dénombre 6 000 nouvelles infections par an. Plus de 150 000 personnes sont séropositives d'après Santé Publique France et parmi elles, 25 000 ne le savent pas.

Ces notifications concernent le sida et les autres infections sexuellement transmissibles. Si les pouvoirs publics retenaient la proposition du Conseil National du Sida, des mesures concrètes pourraient mises en place.

"On aimerait à un moment être accompagné"

Dans certains pays, cette "notification" aux partenaires est encadrée par la loi. Pour l'heure, le CNS ne recommande pas que l'information aux partenaires soit faite par les médecins eux-mêmes, "en raison des risques encourus en cas de rupture du secret professionnel".

Après le choc d'apprendre qu'on est contaminé par le VIH viennent les questions. Florence Thune, directrice générale du Sidaction et elle-même séropositive, se les est posées.

"La première question c’est, qui m’a contaminé mais aussi, est-ce que j’ai pu contaminer d’autres personnes et comment je vais leur annoncer. Si on fait le choix de l’annoncer à son partenaire, on aimerait à un moment être accompagné".

"Le professionnel de santé garde un rôle important à jouer"

C'est l'objectif de la notification formalisée proposée par le Conseil national du Sida. Prévenir et dépister aussitôt les partenaires quand une personne se découvre séropositive et ainsi, casser la chaîne de contamination. Pour Patrick Yéni, président du CNS, cette mesure ne peut se faire sans les médecins.

"La notification formalisée au partenaire est plus efficace lorsque ce sont les professionnels de santé qui la font. En France, c’est extrêmement difficile en raison du secret médical. Rien empêche le patient d’en informer lui-même son partenaire. Le professionnel de santé garde alors un rôle important à jouer dans toute la démarche d’accompagnement".

"C'est probablement le dépistage le plus ciblé qu’on puisse faire"

Hugues Fischer est membre de l'association Act-up. Il a rédigé le dossier sur la notification formalisée pour le Centre National du Sida. Une mesure incontournable pour enrayer l'épidémie selon lui.

"C’est probablement le dépistage le plus ciblé qu’on puisse faire. Se dire qu’une personne a été contaminée par quelqu'un d’autre et donc qu’il peut chercher autour de lui les potentiels candidats, permet du coup de faire du dépistage extrêmement ciblé. L’autre avantage, c’est qu’on gagne du temps. La personne qui va se faire dépister va éviter de le transmettre plus loin. La question n’est pas de savoir qui est en cause mais d’empêcher que ça se propage".

Les dons au Sidaction peuvent être faits par téléphone au 110 jusqu'au 14 avril, en ligne sur le site www.sidaction.org ou par SMS en envoyant le mot "DON" au 92 110. L'an dernier, la campagne du Sidaction a permis de rassembler 4,7 millions d’euros, une somme permettant de financer des programmes de recherche et de prévention.

Selon un sondage publié mercredi 21 mars par l'association, 21% des 15-24 ans pensent à tort que le virus peut se transmettre en embrassant un séropositif. Soit, 6% de plus qu'en 2015.

Anaïs Bouitcha (avec C.P.)